La Fédération des travailleurs, de l’environnement et de la nature est montée au front, hier, pour dénoncer et condamner la «destruction systématique» de notre patrimoine végétal. Cette union, affiliée à la centrale syndicale UGTA, pointe du doigt des actes «commandités et prémédités» contre le patrimoine sylvestre algérien et appelle le gouvernement à des réactions proportionnelles au danger qui menace la biodiversité dans notre pays.

La Fédération plaide pour un dispositif dissuasif et répressif des auteurs reconnus coupables de «crime» écologique. Elle recommande entre autres l’intensification de patrouilles de contrôle, l’élargissement des opérations anticipatives, la formation de comité de veille, l’association des populations habitant les zones forestières, la détection des mouvements suspects et le lancement d’enquêtes approfondies pour déterminer les responsabilités. Elle plaide également pour la conversion des forestiers en structure paramilitaire leur permettant d’avoir à nouveau accès au port d’armes, une option préventive et défensive dont ils avaient la jouissance jusqu’avant la crise sécuritaire et le terrorisme de la décennie noire.
Dans un communiqué rendu public hier, la Fédération appelle les autorités à faire cesser le massacre en assurant les moyens d’action nécessaires et à l’adoption d’une «approche participative» pour affronter le phénomène. Son secrétariat exécutif privilégie, en effet, dans son analyse des feux qui ont ravagé des milliers d’hectares depuis juin dernier la piste de la pyromanie. Il affirme que les informations recueillies indiquent que «la plupart des incendies simultanés sont délibérément commandités par des mains criminelles, d’autant plus qu’ils ont parcouru de vastes régions et des forêts denses dont l’accès difficile entrave la rapidité des premières interventions pour les circonscrire». Une thèse qui vient après que le gouvernement ait décidé de l’ouverture d’une enquête sur les raisons de l’aggravation de ces feux durant le mois de juillet.
Ces actes de pyromanie ont été rendus difficiles à contrôler en raison de la «chaleur extrême et des conditions météorologiques qui favorisent la vitesse de départ et de propagation des incendies sur plusieurs fronts à la fois avec de gigantesques flammes ravageuses», souligne la Fédération dans son communiqué. L’union syndicale «condamne fermement et dénonce vigoureusement l’acharnement des mains criminelles qui se livrent à une destruction systématique de ce qui reste d’un couvert végétal, en provoquant, dans la plupart des cas et de manière délibérée de gigantesques incendies de forêt qui ont consumé 10 000 hectares du couvert végétal». Ces actes, prévient-elle, entraîneront «inéluctablement des effets catastrophiques et de graves répercussions, aux niveaux écologique, environnemental et socio-économique, qui seront ressentis dans les prochaines années».
Pour la Fédération, l’objectif de ces incendies prémédités est «de mettre en péril la richesse forestière de la Nation et les propriétés privées, créer une situation de tension et de psychose parmi les citoyens, tout particulièrement dans les régions rurales et zones jouxtant les forêts et mettre à néant leurs sources de revenus». Parmi les solutions nécessaires, outre les recommandations sécuritaires, elle propose la mise à disposition des moyens nécessaires aux premières interventions, notamment l’ouverture de chemins, des travaux d’aménagement et l’entretien périodique des espaces forestiers. Il s’agit aussi de multiplier le nombre des tours de contrôle et des infrastructures de sécurité et de repenser la carte de déploiement des agents. Elle plaide également pour une «révision et une mise à jour des plans anti-incendie par le recours notamment aux TIC, la réalisation d’une banque de données, le renforcement du contrôle et des interventions aériennes et la relance, sur le terrain, du rôle des comités communaux et de wilaya, outre l’ouverture de la voie au contrôle participatif permettant à tout un chacun d’y avoir un rôle fondamental». Il convient, selon elle, de renforcer les moyens de l’administration des forêts pour lui permettre de s’acquitter de ses missions et de réhabiliter ses agents en les hissant au rang d’administrations spéciales paramilitaires.
Le secrétariat exécutif de la Fédération a également demandé l’organisation urgente d’une réunion avec le ministre de l’Agriculture pour examiner la situation dans le secteur ainsi que les préoccupations socio-professionnelles de ses travailleurs.