Alors que les feux de forêt fonts rage depuis près d’une semaine dans les wilayas du Nord et du Nord-Est du pays, la lutte anti-incendie mobilise encore l’ensemble des moyens terrestres et aériens disponibles ; un «état d’alerte» national, appuyé, dès jeudi, par l’aide précieuse de Canadairs de la Sécurité civile française, rejoint par des avions venus d’Espagne et bientôt de Suisse et de Russie.

Par Nadir Kadi
La Protection civile a, en ce sens, fait savoir dans la journée d’hier qu’elle était venue à bout «au cours des dernières 24 heures» de 43 feux de forêt actifs au niveau de 20 wilayas. Une accalmie, porteuse d’espoir, mais qui reste toutefois à relativiser au regard de l’ampleur de la tâche qui reste à accomplir, la Protection civile note que «les efforts se poursuivent pour éteindre 29 incendies au niveau de 13 wilayas». Une mission particulièrement difficile, d’autant que les services de l’Office national de météorologie ont précisé, hier, que la canicule se poursuivra jusqu’à dimanche soir. Des pics de chaleur pouvant aller jusqu’à 46 à 47° «toucheront plusieurs wilayas du Nord du pays».
Dernier bilan provisoire du «front» des incendies, communiqué hier à la mi-journée, qui s’ajoute à l’extinction de 76 feux durant la journée de vendredi, dont 40 dans la seule wilaya sinistrée de Tizi Ouzou. Il est à souligner que le travail de la Protection civile, qui exhortait hier les citoyens des régions concernées à «faire preuve de vigilance face à la persistance de la vague de chaleur et des vents forts», s’est considérablement renforcé avec la mobilisation d’importants moyens aériens. Ainsi, en plus de 7 500 agents de la Protection civile et 490 camions anti-incendie, 3 hélicoptères du Groupement aérien de la Protection civile, 5 hélicoptères de l’Armée nationale populaire (ANP) et 2 Canadairs apportent leur précieux soutien aux équipes au sol : «Les hélicoptères du Groupement aérien de la Protection civile et l’ANP ont effectué 235 opérations de bombardement d’eau, outre 172 opérations de bombardement d’eau des Canadairs à Tizi-Ouzou, Béjaïa et Jijel».
En effet, les deux Canadairs de la Sécurité civile française, déployés dès jeudi au-dessus des zones ravagées par le feu, ont axé leurs premières sorties sur la protection des zones habitées, a fait savoir à l’AFP le chef du détachement, Christian Mafré : «La superficie qui brûle est énorme. Nous, essentiellement on a protégé les villages, donc on largue très près des villages, entre Béjaïa et Alger». Un engagement au plus près des foyers d’incendies, supervisé par un troisième de liaison, qui mobilise les huit pilotes du
détachement : «Nous avons fait 40 largages jeudi et 44 aujourd’hui (vendredi NDLR), à raison de rotations de huit heures. On n’arrête pas, on est épuisés.»


Soutien visiblement indispensable apporté par les vecteurs aériens, l’ANP avait, quant à elle, fait savoir qu’elle engageait des hélicoptères lourds de type Mi-26, capables d’emporter près de 10 tonnes d’eau à chaque sortie. L’ANP, qui a payé un très lourd tribut, est, par ailleurs, restée mobilisée pour soutenir les efforts de la Protection civile «en vue d’appuyer les démarches de l’Etat dans l’extinction des incendies dans toutes les wilayas touchées à travers le territoire national (…) jusqu’à l’extinction totale des incendies».
Lutte anti-incendie qui mobilise également les moyens de l’Agence spatiale algérienne (Asal), son directeur Azzedine Oussedik, lors d’un passage, jeudi, sur la chaîne Canal Algérie, a apporté des précisions quant à la localisation des départs de feux. Le responsable, photos satellite à l’appui, souligne que les feux sont «tous enregistrés à proximité des routes». Une indication forte, selon lui, de la nature «criminelle» ou du moins de l’origine humaine des incendies enregistrés depuis le 9 août dernier. Ainsi prenant pour exemple la situation dans la wilaya de Tizi-Ouzou, et plus précisément du «sud-est de la wilaya, notamment dans les localités de Larbaa Nath Irathen, Aïn el Hammam et Beni Yenni essentiellement», Azzedine Oussedik précise que les «départs de feu (Tizi Ouzou) sont tous à proximité des routes et des pistes (…) alors que, depuis 2003, nous n’enregistrons que quelques feux sur ces endroits, soit 1/10, causés généralement par un mégot de cigarette ou suite à un barbecue. Et là c’est également un signe très important que ces départs de feu sont d’origine criminelle».
Même suspicion en ce qui concerne les heures des départs de feu : «Trois feux ont été déclenchés en même temps à 11H08, à savoir à Aïn El Hammam, à Ouacif et au sud-est de la commune d’Azazga». D’autres incendies se seraient, quant à eux, déclenchés durant la nuit, un moment où l’origine naturelle serait totalement exclue selon le responsable. «Le déclenchement des feux dans les localités d’Aït Lahcene dans les communes de Beni Yenni, Azazga et Mizrana à 23H08 conforte l’hypothèse d’un acte criminel.» Azzedine Oussedik ajoute plus loin : «Les départs de feux à cette heure-ci sont impossibles sur le plan de la climatologie et des conditions.» L’ensemble des données recueillies par l’Agence serait facilement entre les mains des services compétents pour «les identifications futures et celle des auteurs de ces actes» ; des données qui révéleraient également, selon une étude préliminaire, la perte de plus de 23 000 hectares de couvert végétal au niveau de Tizi Ouzou, 6 500 hectares à Béjaïa et 1 800 dans la wilaya de Jijel.