La «piste criminelle», évoquée au lendemain des derniers incendies de forêt, notamment ceux de Khenchela et Chréa, a été «confirmée», mardi, par les déclarations du Procureur de la République adjoint près le Tribunal de Dar el Beïda, Chouib Bilal.

Par Nadir Kadi
Le responsable a, en effet, fait savoir à l’APS que les «enquêtes préliminaires engagées par la Police judiciaire concernant les récents feux de forêt» font déjà état du «caractère criminel» et impliquent «des individus et des bandes criminelles organisées».
L’une des principales causes des départs de feu, selon un représentant du groupement territorial de la Gendarmerie nationale de Dar el Beïda, serait la fabrication illégale du charbon de bois : «La plupart de ces incendies ont été provoqués par les lobbies du charbon à l’approche de l’Aïd el Adha, et la mafia du liège tout au long de l’année.» 88% des incendies seraient en ce sens «volontaires et prémédités», selon les statistiques de la Gendarmerie établies entre «2020 et la mi-2021» à partir de «plus de 1500 enquêtes».
Le Procureur de la République adjoint, qui intervenait lors d’une rencontre d’information organisée dans le cadre de «l’activation de la protection pénale de la richesse forestière», en présence de représentants de la Gendarmerie et de la Sûreté nationales, de la Protection civile, des forêts, de l’agriculture et de l’environnement, a en ce sens plaidé pour «l’activation de tous les mécanismes» de lutte contre ces incendies, et la «coordination permanente» entre toutes les parties concernées. Chouib Bilal, pour qui «l’activation des mécanismes de prévention est l’unique moyen à même d’éviter ces incendies (…), à travers la sensibilisation quant à la dangerosité de ces incendies et leur signalement, outre l’importance de la richesse forestière», demande des actions de «prévention» de «sensibilisation» mais aussi «l’application des dispositions pénales». Et à ce titre, il est à rappeler que la législation devrait prochainement évoluer, bien que la loi punît déjà «l’embrasement volontaire des forêts ou des champs, tout comme l’abattage des arbres, à une peine allant de 10 à 20 ans de prison».
Appelant également les responsables de la gestion de forêts ainsi que les services de la protection de l’environnement et de l’agriculture à «déposer plainte» à chaque incendie de forêt, Chouib Bilal précise que l’incendie volontaire d’une forêt «qui relève de la propriété des collectivités locales ou des instances de l’Etat et passible d’une peine qui peut aller jusqu’à la perpétuité». Les actes commis par «des bandes de malfaiteurs» ou l’embrasement volontaire de biens appartenant au coupable ou à autrui provoquant des incendies pouvant se propager à des forêts sont eux «passibles de 5 à 10 ans de prison ». La sanction pourrait même aller jusqu’à «la peine capitale», «si une personne ou plusieurs personnes meurent dans un incendie». Pour rappel, cette évolution de la législation est contenue dans le projet de loi, examiné fin juillet par le Conseil des ministres, son adoption viendra réformer la législation de 1984, jugée aujourd’hui «peu dissuasive».
Incendies de forêt qui, depuis le début de la saison estivale 2021, ont causé la mort d’un agent de la Protection civile et des blessures à plusieurs autres ainsi qu’à des volontaires. Le bilan sur le couvert végétal est également très important, dépassant les 10 200 hectares détruits, dont 7 500 hectares de forêt. Et à ce titre, le Directeur général des forêts (DGF), Ali Mahmoudi, avait également fait savoir que «l’origine humaine» des incendies de forêt était régulièrement décelée par les services d’enquêtes. Ainsi, il explique que des départs de feu lors de l’incendie de Chréa ont été causés, selon le témoignage de citoyens, «par des gens qui ont allumé un barbecue dans une zone très difficile, ou l’accès se fait par une piste puis par un sentier». Même chose en ce qui concerne les «8 689 hectares incendiés lors de 26 départs de feu» à Khenchela, où «le caractère criminel n’est plus à démontrer (…) L’Agence spéciale a donné les preuves que les départs de feu à Khenchela ont été provoqués par la main de l’homme» dont la majorité serait en effet localisée en bordure des zones de passage. n