Par Nadir Kadi
Alors que le pays traverse, depuis au moins trois ans, une nouvelle période de sécheresse, le Directeur général des forêts (DGF) Ali Mahmoudi a fait le lien entre cette situation climatique et la destruction du patrimoine forestier. Le responsable a, en ce sens, déclaré lors de son passage sur les ondes de la Radio nationale Chaîne III que «la déforestation est l’une des raisons majeures du réchauffement climatique (…) Plus l’on détruit le couvert végétal, plus les possibilités de création de microclimats seront réduites». Ces derniers sont pourtant, selon le responsable, «l’un des éléments qui provoquent les chutes de pluie». En l’Algérie, pays qui ne compte qu’une faible surface forestière estimée à moins de 2% de son territoire, l’impact est de plus en plus marqué : «Durant les vingt dernières années, nous avons perdu une moyenne de 34 000 hectares par an de forêt, malgré tous les efforts engagés par l’administration pour la reconstitution du couvert végétal.»
En ce sens, le couvert forestier est aujourd’hui «infime» avec seulement «1,7 million d’hectares sur les 4,1 millions d’hectares de formation verte». Et la principale cause reste les incendies, explique Ali Mahmoudi : «Nous souffrons énormément de ce phénomène (…) Nous avons déjà enregistré 120 départs de feu qui ont consumé 450 hectares.» Les principales régions concernées par ces départs de feu précoces sont Sétif avec 98 hectares, Béjaïa avec 75 hectares ou encore Tébessa et Bouira… La moyenne nationale serait déjà estimée, selon le responsable de la DGF, à «4 départs de feu par jour et une moyenne de 3,7 hectares par foyer», une moyenne élevée qui suscite des questions et qui devrait conduire à l’ouverture d’enquêtes par la gendarmerie. «Actuellement, nous sommes à 85% de causes inconnues. Nous aimerions que le chiffre soit inversé à 15% d’inconnues (…) Ce jour-là, nous connaîtrons les causes, les raisons et nous pourrons nous attaquer plus facilement aux feux de forêt.»
Responsable qui rappelle, par ailleurs, que les moyens de la Protection civile et de la DGF ont été renforcés cette année, notamment avec des «colonnes mobiles dans les régions fortement habitées comme Tizi Ouzou, pour éviter le scénario de 2017», ou encore avec «80 véhicules de premières interventions pour la DGF»… Ali Mahmoudi a fait savoir que l’enjeu était aussi de reboiser les zones sinistrées, un travail de «reconstitution» du couvert qui s’apparente toutefois à un projet «centenaire». Cependant, le recours à des essences à «croissance rapide» pourrait diminuer les délais : «Nous avons reçu un certain nombre d’investisseurs qui voudraient être accompagnés en leur accordant des assiettes foncières à l’intérieur du pays. Ils comptent introduire des espèces comme le paulownia, qui est une espèce pour la production du bois qui peut donner 30 centimètres de diamètre en trois ans avec 3 litres d’eau par jour.»
Evoquant dans cette même logique la reprise du programme «Barrage vert» dans le but de limiter la désertification causée par l’avancée des sables du Sud vers le Nord. Ali Mahmoudi précise que ce projet «grand et très ambitieux» avait débuté dans les années 1970. L’Algérie grâce au concours de l’ANP a donné «300 000 hectares de forêt». Une surface qui reste toutefois «insuffisante» d’autant que la première évaluation avait mis en avant la nécessité d’une superficie plantée de «3 millions d’hectares (…) C’était un calcul empirique, qui avait estimé la profondeur nécessaire du barrage à 20 kilomètres et sa largeur à 1 500 kilomètres» d’Est en Ouest. Le Directeur général fait savoir que le projet est aujourd’hui «relancé» et encore plus ambitieux qu’à son origine. «La superficie du barrage vert a été réévaluée par le Bureau national des études du développement rural à 4,7 millions d’hectares (…) C’est la superficie qui sera prise en charge dans le cadre du projet de réhabilitation que nous mettons en œuvre.» Quant aux délais de cette relance du projet, le Directeur général des forêts, qui explique que l’instruction vient du sommet de l’Etat, ajoute que la plantation est déjà en cours avec «128 millions de dollars de financement», dont «43 millions de dollars pris en charge par le Fonds vert climat, lancé par la FAO en 2017. Quant au détail du plan et aux essences d’arbres que la DGF pense utiliser, il indique qu’ «au départ, l’ANP avait utilisé des pins d’Alep faciles à produire dans les pépinières (…) mais, aujourd’hui, un barrage vert modernisé signifie que nous n’aurons plus de monoculture susceptible d’être victime de maladie et d’insecte (…) Il y aura des espace forestiers, des zones pastorales, des plantations arboricoles fruitières là, où la population pourra en tirer profit». <