Par Nadir Kadi
La majorité des feux de forêt qui ravagent, depuis une semaine, les zones boisées au Nord et au Nord-Est du pays, étaient hier «éteints» ou «maîtrisés», selon la Protection civile.
Les responsables de la lutte anti-incendie, mobilisés sur le terrain depuis près d’une semaine, ont en ce sens fait savoir dans leur dernier point de situation de la mi-journée, qu’ils étaient venus à bout de «33 feux de forêt dans 12 wilayas» durant les dernières 24 heures. La même source, par la voix du directeur de l’information et des statistiques de la Protection civile, le colonel Farouk Achour, a ajouté que les incendies toujours «en cours» ne constituent plus de dangers notables pour les zones habitées. La Protection civile recensait ainsi «19 incendies» actifs dans 10 wilayas, notamment Béjaïa, El Tarf et Tizi Ouzou. La crise des feux de forêt, dont le bilan, particulièrement tragique, amorce ainsi un certain retour à la normale, suite à l’entrée en scène des moyens de lutte aériens. Et une seconde phase débute déjà avec le début du recensement des pertes matérielles.
Evaluation des dégâts, des pertes des exploitations agricoles et des biens immobiliers… qui devront permettre à terme le lancement des premières indemnisations promises par les autorités. On apprenait en ce sens que le wali de Tizi-Ouzou, certainement la région la plus touchée, avait présidé dès samedi une réunion de travail «relative au lancement des opérations de recensement et à l’évaluation des dégâts occasionnés par les incendies». Cent trente ingénieurs du CTC, ainsi que des cadres des directions de la wilaya et de ses subdivisions, dont le logement, l’équipement public, l’agriculture et les forêts «seront mobilisés durant toute l’opération».

L’évaluation des dégâts matériels commence à Tizi-Ouzou
Des sources de la presse ont expliqué que le «détail» de «de 23 000 à 25 000 hectares» ravagés par les flammes dans la région de Tizi-Ouzou, comportait notamment de larges exploitations agricoles dont 8 000 hectares d’oliviers, plus de 800 arbres fruitiers, des milliers de ruches, des élevages d’ovins et de bovins ou encore des exploitations avicoles… Les pertes sur le patrimoine forestier devraient également être «importantes». Les responsables de la Direction générale des forêts, avaient en ce sens fait savoir que les régions les plus touchées, dans le sud de la wilaya, étaient fortement boisées.
Bilan matériel, qui est toutefois éclipsé par l’ampleur des pertes humaines, les convois funèbres, les enterrements et les cérémonies se sont ainsi succédé ces derniers jours avec encore 20 personnes enterrées en une seule journée à ikhlidjene et, plus tôt, un hommage rendu aux militaires qui ont péri en luttant contre les flammes. Des «héros ont sacrifié leur âme pour la patrie et pour sauver leurs concitoyens des incendies criminelles survenues dans différentes régions de notre pays», avait déclaré le général Boualem Madi, Directeur de la communication lors de l’oraison funèbre, au troisième et dernier jour d’un deuil national.

Pour rappel, le bilan «global» fait état de près de 70 à 90 (selon les sources) personnes décédées lors des incendies ou des suites de blessures. Et cette situation est d’autant plus douloureuse que la conviction générale est que ces feux ont, dans leur majorité, été causés par la main de l’homme. C’est en tout cas la piste privilégiée par les autorités au regard de la simultanéité des départs de feux, mais également leur localisation «proche des routes» et zones de passage. Des enquêtes sont «en cours» et l’arrestation d’une vingtaine de suspects a par ailleurs été annoncée. Quant aux premiers «retours d’expérience» de cette dramatique saison 2021, il s’agit principalement du caractère incontournable des moyens aériens dans la lutte contre les incendies. En effet, l’engagement des hélicoptères de la Protection civile Aw139, mais surtout des hélicoptères lourds Mi26 capables d’emporter près de 10 tonnes d’eau à chaque sortie, puis l’arrivée des deux Canadairs de la Sécurité civile française ont changé la donne sur le terrain. Les deux Canadairs, coordonnés par un avion de liaison, ont ainsi effectué «plus de 250 largages sur la totalité de la mission» de 72 heures dans les régions de Tizi-Ouzou, Béjaïa et Jijel. Quant aux hélicoptères lourds de l’ANP et ceux de la Protection civile, ils ont effectué plus de 235 opérations de bombardement d’eau dès les premiers jours de leur intervention.
Et dans cette logique, il est à rappeler que la lutte contre les incendies a longtemps privilégié les moyens terrestres au détriment de l’aérien, ainsi le Directeur général des forêts, Ali Mahmoudi, avait fait savoir en juin dernier que le «projet» d’acquérir des avions bombardiers d’eau avait bel et bien existé, mais avant d’être mis en sommeil dans «les années 2000».