La célébration de l’Aïd El Adha aura lieu après-demain, en pleine expansion de la pandémie de coronavirus. Une grande appréhension accompagne l’approche de cette fête et une inquiétude encore plus grande est affichée sur ce qui risquerait de se passer pendant et après l’accomplissement du rituel du sacrifice et dont la conséquence serait le risque d’une hausse des cas de Covid-19 en cette période cruciale de crise sanitaire.

Même si des recommandations ont été émises pour le respect des gestes barrières que tout le monde connait, la question qui se pose est «les citoyens pourront-ils vraiment respecter les mesures de prévention tel qu’énumérées par la commission de la fetwa du ministère des Affaires religieuse».
La recommandation qui semble la plus difficile à appliquer est «la distanciation sociale», sachant que «l’acte du sacrifice est un acte communautaire» pendant lequel il y a un grand rassemblement autour du mouton. Voisins, parents et enfants se retrouvent tous au même endroit, en plus du fait que si l’on décortique l’acte du sacrifice, on verra que «l’accomplissement de l’acte lui-même nécessite l’intervention de plusieurs personnes à la fois dans ses différentes étapes, car personne ne peut l’effectuer seul», selon Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins et membre du Comité scientifique. «Dans ce cas, les citoyens pourront-ils vraiment respecter la distanciation sociale ?», se demande-t-il, avant de répondre qu’il est peu plausible qu’ils puissent le faire.
En outre, la recommandation qui dit que le sacrifice peut être effectué pendant le premier et le deuxième jour de l’Aïd et aussi au troisième jour pour minimiser l’afflux serait-elle respectée ? Certainement pas, de l’avis des médecins. «Cette mesure a été recommandée pour qu’il n’y ait pas d’afflux, donc et pour qu’il y ait distanciation sociale, si les gens attendent le troisième jour pour accomplir le sacrifice. Or nous savons tous que le matin du premier jour tout le monde sera prêt pour accomplir le sacrifice du mouton et voudra le faire le jour-même», selon Dr Bekkat Berkani. «Les Algériens n’attendent pas le deuxième jour de l’Aïd pour sacrifier le mouton, ils n’attendront certainement pas le troisième ! Je pense qu’il y aura un afflux incroyable», nous a déclaré encore un épidémiologiste. «On appréhende qu’il y ait de grands regroupements au niveau des quartiers, ce qui n’est pas sans nous alerter sur le grand risque de transmission du coronavirus auquel nous pourrions assister après la fête», a-t-il ajouté. Mais bien avant les jours de l’Aïd, il est constaté qu’il est déjà difficile de faire respecter les recommandations, puisque les gens se déplacent dans les marchés à bestiaux pour l’achat d’un mouton sans mesure de prévention (port du masque et distanciation physique) pour la majorité d’entre eux. Des moutons qui viennent de différentes régions du pays sont vendus dans des marchés où aucune précaution n’est prise ni par les vendeurs ni par les acheteurs. Dans ce cas, «est-on déjà sûr d’avoir acheté un mouton qui n’a pas été infecté, sachant qu’il a été palpé par diverses personnes dans le marché ? Cela fait déjà un puit d’infection», affirme encore Dr Bekkat Berkani, enchainant ensuite sur l’après-achat du mouton qui reste aussi une étape difficile à gérer sans prendre de «grands risques, voire des risque incalculables».
Pour lui, la question qui se pose est «peut-on se passer d’un sacrifice une fois dans la vie au vu de la situation sanitaire ?» Une question qu’il laissera sans réponse tant la réponse est évidente. Quant à l’éventualité que le gouvernement puisse prendre des mesures supplémentaires comme ce fut le cas pour l’Aïd El Fitr – couvre-feu de 13 heures à 5 heures du matin le lendemain et interdiction de circulation des véhicules durant les deux jours de fête dans toutes les wilayas -, notre interlocuteur estime que même si cette éventualité venait à être réalisée, «nous savons que les citoyens iront tous en visites familiales dès le lendemain et se regrouperont, comme ils l’ont fait pendant la fête précédente» a-t-il dit. C’est exactement le même avis qui est exprimé par un épidémiologiste qui a été on ne peut plus tranchant. «Nous avons vu comment les citoyens se sont comportés juste après l’Aïd El Fitr, nous ne pouvons malheureusement pas compter sur une bonne partie d’entre eux pour respecter les règles et recommandations. S’ils ne peuvent pas se déplacer durant les deux jours de fête, il est certain qu’ils se rattraperont dès le troisième jour.
Ce qui est fort déplorable, ce n’est pas le fait que les gens se déplacent, c’est qu’ils font fi des mesures de prévention, du port de masque, de la distanciation physique et sociale, car c’est cela qui fait qu’on n’arrive toujours pas à casser la chaine de transmission de cette pandémie qui nous a coûté plus d’un millier de vies jusqu’à présent», a-t-il déclaré avec amertume.
Tests PCR : les importateurs attendent les autorisations de programme
Par ailleurs, à propos des tests PCR indispensables pour le dépistage de Covid-19 et qui sont en quantité insuffisantes dans pas mal d’hôpitaux et de laboratoires, Dr Bekkat Berkani nous a indiqué qu’«il y a une grande demande actuellement sur ces produits». La raison est que beaucoup de laboratoires privés effectuent aujourd’hui les tests Covid, en plus des laboratoires qui les effectuaient avant.
«Beaucoup de personnes, à titre privé, se font dépister aujourd’hui, ce qui a augmenté la demande qui était déjà importante», a-t-il déclaré. Ces laboratoires sont «en attente des tests PCR car les fournisseurs-importateurs sont, eux aussi, en attente d’une autorisation des programmes de la tutelle, c’est ce qui ouvrira la voie à l’importation et satisfera cette forte demande», a-t-il expliqué.
En attendant, la pandémie poursuit son expansion et les services Covid au niveau des hôpitaux qui se remplissent chaque jour un peu plus. C’est le cas de l’hôpital de Béni Messous où, selon le responsable du service pneumologie, il y a «de moins de moins de places», ce qui les oblige parfois à «évacuer les malades vers d’autres structures sanitaires». Il a fait savoir qu’il y en a même qui ont été «transféré à Tipasa devant le manque de place». Le Pr Ali Halassa Sofiane a également fait état de l’augmentation du nombre de patients en réanimation. De son côté, le Pr Hayel, chef d’ service Covid au CHU Mustapha-Bacha, a indiqué qu’ils reçoivent «beaucoup de malades Covid, soit une moyenne de 70 personnes par jour à prendre en charge». Parmi les malades admis, il y a «surtout des personnes âgées qui sont dans un état sévère, critique», a-t-il fait savoir, estimant, par ailleurs, que «plus de 80 % des jeunes peuvent être atteints de covid sans le savoir» et appelant, par la même occasion, la population à «respecter les gestes barrières pour endiguer la pandémie», surtout en cette période cruciale de l’Aïd.<