Le centre d’art contemporain «Les Ateliers Sauvages » accueille le nouveau Festival « Phonetics » dédié aux arts sonores et à la musique expérimentale durant trois jours, soit du 22 au 24 novembre prochain à Alger, sur l’initiative de trois artistes, Wassyl Abdoun-Tamzali, Paul Emilien et Edgard Savary, réunissant deux structures, en l’occurrence «Post-Papers» et «Les Ateliers Sauvages». A l’occasion du lancement du Festival «Phonetics», qui met pour la première fois le son en tant

qu’élément artistique fédérateur et créatif, Paul Emilien, co-fondateur de cette manifestation inédite, nous explique que le concept de ce nouveau projet «vient d’un vœu de pouvoir créer des projets interculturels autour du son, car il est un langage à part entière et à travers trois éléments fondateurs, dont la communication entre plusieurs cultures mais grâce à un objet intermédiaire qui est l’instrument».
Il ajoute à propos de ce projet qui vient s’ajouter à la scène culturelle algérienne, qu’il a cofondé avec Wassyl Abdoun-Tamzali et Edgard Savary, «nous avons plusieurs pratiques qui auront lieu pendant le festival dont des concerts, mais l’originalité de ce festival est que toutes les créations artistiques seront issues d’une résidence qui a eu lieu pendant deux semaines aux Ateliers sauvages».
Paul Emilien confie, également, «nous ne savons pas ce qui va se passer durant ces trois jours de festival. Il y aura une quinzaine d’artistes qui collaboreront ensemble. La moitié d’entre eux viennent d’en dehors de l’Algérie et d’autres d’ici,». Expliquant que «l’ensemble des créations vont permettre d’avoir à la fois des créations plastiques, des performances mais aussi des concerts avec une mixité de musique électronique et musique traditionnelle ainsi que la création d’un instrument spécifique d’art contemporain ».
D’autre part, le troisième co-fondateur de cet évènement artistique, Edgard Salvary, nous explique que l’idée de cette résidence est de «créer les conditions et les possibilités d’expression des artistes. Nous, on n’impose rien, nous avons réuni des gens qui nous semblaient pertinents autour d’un projet commun». Ajoutant que«la résidence se construit comme une plateforme, un facilitateur qui permet de croiser ce que les gens peuvent faire». Ce croisement de plusieurs cultures et plein de sujets artistiques qui vont s’entrecroiser pendant deux semaines et accueillera la participation, notamment «du commissaire d’exposition, Bastien Gallet, qui est un spécialiste des arts sonores. Il a, de son côté, invité quelques artistes français à venir, très spécifiques pour faire des installations sur plusieurs thématiques», précisera-t-il.
Le son, médium artistique
et émotionnel universel
A propos du programme de cette manifestation, les organisateurs nous annoncent que la résidence artistique a débuté le 12 novembre afin de présenter le fruit des différents projets créatifs pour le festival qui durera trois jours.
Le 22 novembre prochain, l’ouverture de cette manifestation se fera aux Ateliers sauvages, suivie d’un concert à l’Institut français d’Alger. Le lendemain, les activités se poursuivront aux Ateliers sauvages avec des conférences et des visites des différentes installations. Il est également prévu des Works-Shop avec des artistes et aussi des parcours sonores dans la ville, avec des applications Smartphones pour géo-localiser des sons. Lors de la soirée de la deuxième journée de ce festival, il est aussi prévu d’organiser un concert aux Ateliers N.A.S de la Casbah, suivi d’une soirée privée dont le lieu reste encore secret. Le dernier jour comportera le même programme et « le lieu de la soirée de clôture est encore secret», soulignent les organisateurs.
De son côté, Wassyl Abdoun-Tamzali nous affirme que la chose la plus importante avec le son est le fait qu’il soit partagé par tout le monde. «Tout le monde ressent quelque chose avec le son, il est un médium universaliste et permet aux gens d’effacer leurs différences et de se rassembler » affirme-t-il. Selon lui, «on aurait pu choisir d’autres médiums mais ce dernier a une immédiateté qui permet que les gens partagent des émotions plus facilement. C’est ce que nous avons voulu creuser tous ensemble et de mettre en œuvre de façon collégiale et qu’on réfléchisse comment le son peut rapprocher les gens de manière simple et immédiate sans qu’il y est de barrière de langue. C’est pour cela que nous avons appelé ce projet Phonetics car c’est un outil linguistique qui fait en sorte que tout le monde se comprenne ».
Pour le choix de la ville d’Alger, il répond que «ce choix est tombé un peu sous le sens. Si nous avons fait cela à Paris ou à Londres, le festival aurait eu beaucoup moins d’impact, il aurait été noyé dans quelque chose, à Alger, même s’il y a des initiatives qui se fondent, il reste un grand manque culturel qui est criant». A propos du budget de cette manifestation artistique, il est souligné qu’une partie de cet événement est financé par l’Institut français. « On a répondu à un appel à projet en janvier dernier. Nous avons eu une petite bourse pour faire fonctionner l’événement. Nous avons aussi la fondation suisse Prohelvetia qui prend en charge l’un de ses artistes qui est Rudy Decelière qui sera présent », déclarent les organisateurs, précisant : «Nous avons aussi monté une petite campagne de financement participative pour récolter des fonds en plus, car 5 000 Euros pour faire un festival en ramenant quinze personnes, ce n’est pas grand-chose. Notre volonté est de faire un festival gratuit et ouvert à tous », ont-ils fait savoir
Les Ateliers sauvages, espace de créativité et d’expression contemporaine
Wassyla Tamzali nous affirme, quant à elle, que «depuis trois ans nous faisons des résidences et des créations avec des expositions, nous avons alors fidélisé un public assez intéressant qui commence de plus en plus à venir pour participer aux ateliers. Alger est un lieu un peu particulier et exceptionnel, mais il y a très peu d’institutions culturelles, alors ce lieu est très bien reçu par les Algérois».
Le contenu des activités est destiné, selon elle, à l’art contemporain et expérimental. «Ce n’est pas une galerie de peintures mais un lieu où on travaille. Les artistes viennent travailler pendant un mois ou un mois et demi, et à la fin de leurs travaux on ouvre les portes pour que le public les rencontre pour expliquer leur démarche», a-t-elle dit. Expliquant que «cet art est quelque chose de nouveau et novateur si non c’est plus contemporain. C’est en outre une action de mécénat, je mets à la disposition des artistes algériens le lieu de travail gratuitement et je leurs permets de monter leurs œuvres». L’appellation des Ateliers sauvages est, selon Mme Tamzali, «comme les fleurs sauvages, elles n’ont pas poussé en serre, elles poussent au soleil. Ces dernières n’ont pas encore de noms, ce sont des fleurs qui sont inouïes, qu’on n’attendait pas et qu’on ne connaissait pas. Ce sont des idées qui viennent d’ailleurs comme ces artistes».