Le Théâtre régional Kateb-Yacine de Tizi-Ouzou a présenté, mercredi dernier en soirée, dans le cadre de la compétition du 12e Festival national du théâtre professionnel (FNTP), sa nouvelle pièce intitulée « Ajebbani », adaptée de la pièce « le Foehn » de Mouloud Mammeri.

La mise en scène est d’Ahmed Benaïssa et la traduction de l’œuvre du français au kabyle est de Nouredinne Aït Slimane et Rabah Boucetta. Ecrite en 1957 par Mouloud Mammeri, « le Foehn » a vu la jour en pleine guerre de Libération, entre la « Bataille d’Alger » et l’assassinat d’Abane Ramdane, évoqué en filigrane dans la pièce. Elle restitue l’affrontement entre le colonisateur et le colonisé avec, en abyme, une réflexion profonde sur la domination de l’homme par l’homme, la torture et les ignominies du système colonial. A partir de ces thèmes, le metteur en scène a réussi le pari de donner un sens à cette pièce déjà très forte par la qualité de son écriture, mettant en exergue l’universalisme et l’humanisme de Mouloud Mammeri. Si l’on change les noms des personnages et des lieux dans la pièce, n’importe quel spectateur aurait identifié les faits dans plusieurs endroits du monde actuel. Les comédiens se sont donné corps et âmes sur les planches afin de rendre hommage au grand homme de la littérature Mouloud Mammeri, nous a indiqué un spectateur.
Lors du débat qui a suivi le spectacle, le metteur en scène Ahmed Benaïssa a fait savoir que la pièce est « un hommage à Da Lmulud » et « à tous nos chouhada ». « Nous avons présenté la générale de la pièce le 1er novembre 2017 », a-t-il ajouté. Rabah Boucetta a, quant à lui, déclaré : « Aujourd’hui, nous célébrons le centenaire de Mammeri, nous présentons de lui une pièce écrite en 1957, il y a soixante ans, et nous partageons son œuvre avec le public. C’est là le meilleur hommage qu’on puisse rendre à Mammeri, le dramaturge, le romancier et l’intellectuel. » En ce qui concerne l’adaptation, selon M. Boucetta, « c’est plus facile d’adapter une œuvre algérienne au théâtre ». « Certes, Mammeri a écrit en français mais cela reste une littérature algérienne et amazighe d’expression française », a-t-il dit, en précisant qu’il y a dans cette œuvre une « âme » que seuls des Algériens, des artistes de surcroît, peuvent comprendre, saisir et bien traduire.
Nouredine Aït Slimane réagira en déclarant : « Personnellement, je ne pense pas que la pièce soit une adaptation, mais une lecture, la nôtre, de la pièce de Mammeri. Le plus grand défi a été de ramener une œuvre de plus trois heures à 70 ou 80 minutes », a-t-il ajouté.