La pièce théâtrale, «El ‘Atab» (la panne), mise en scène par Faouzi Ben Brahim, représente le Théâtre régional de Batna dans la compétition du 12e Festival national du théâtre professionnel (FNTP) d’Alger, qui a démarré samedi dernier et se poursuivra jusqu’au 31 décembre. La représentation a eu lieu à 15h à la grande salle Mustapha-Kateb du Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi.

Le Théâtre régional de Batna a présenté, en compétition du FNTP, le spectacle «El ‘Atab» (la panne), mis en scène par Faouzi Ben Brahim, et adapté par Nawel Kaâbache d’après l’œuvre éponyme de Friedrich Dürrenmatt. La pièce s’intéresse au personnage de Nadjib (interprété par Mohamed El-Tahar Zaoui), qui tombe en panne de voiture dans un village reculé. Il atterrit dans une maison étrange, et rencontre d’anciens fonctionnaires de la justice : un magistrat, un procureur et un avocat. Les trois hommes lui apprennent que pour occuper leur temps, ils jouent à un drôle de jeu : pour se distraire, ils ont mis en place une sorte de justice parallèle, ils refont le procès de personnes accusés de toutes sortes de crimes. Ainsi, les trois hommes proposent à Nadjib de faire son procès. Trouvant l’idée à la fois étrange et amusante, et se considérant comme quelqu’un d’irréprochable, il accepte et se prête au jeu. Ainsi commence la longue nuit du procès de Nadjib.
Une nuit où il devra revenir sur les différentes étapes de sa vie, sur sa relation à ses proches (son épouse et son beau-père), sur son rapport à l’argent et au succès. La panne de la voiture ouvre la boite de Pandore et met la lumière sur d’autres failles, d’autres pannes dans la vie de Nadjib. «El ‘Atab» de Faouzi Ben Brahim aborde le thème de la justice, mais d’un point de vue assez intéressant selon lequel la fin ne justifie pas toujours les moyens. Et surtout, même si on se sent démunis, qu’on croit qu’il n’y a pas de justice dans ce monde, le hasard fait parfois bien les choses. Nadjib a échappé à la justice des hommes, mais il a été confronté à sa propre conscience, par un pur hasard. Même si la morale et les tirades alourdissent parfois le propos et le (s) sens, cette pièce, un peu bavarde, qui appartient au registre burlesque, a été portée par une très belle mise en scène de Faouzi Ben Brahim, qui a su la rendre attractive et dans l’ère du temps, empruntant des procédés cinématographiques, notamment dans le travail sur le flashback, comme il l’avait fait d’ailleurs, il y a quelques années, dans sa mise en scène de «Moustanqaâ edhiab», toujours pour le Théâtre régional de Batna, d’une autre pièce de Dürrenmatt. La lumière, et la scénographie de manière générale a joué un grand rôle dans ce spectacle, réussissant ainsi à transmettre l’atmosphère du texte, plutôt sombre, où il est question de pouvoir et de justice. Les couleurs, le rouge et le noir, ont contribué à transmettre, visuellement et par la forme, le fond de la pièce. Les comédiens (Nawel Messaoudi, Ben Amer Azzedine, Kouitène Majed, Khennouche Issam, et Mohamed El-Tahar Zaoui), quant à eux, ont occupé l’espace, et ont incarné du mieux qu’ils pouvaient leurs personnages, mais on sentait bien que le spectacle n’était pas rôdé, et qu’il manquait quelque peu de maîtrise de leurs textes. Une maîtrise qui sera totale, certainement, au bout de quelques représentations. «El ‘Atab» est, somme toute, un spectacle complet ; une œuvre théâtrale, où tous les éléments de la mise en scène sont présents ; une pièce de théâtre qui respecte le texte et son auteur, mais qui laisse entendre la voix du metteur en scène et valorise le comédien.