La pièce de théâtre «Khatini», un vaudeville qui dénonce les sociétés archaïques, sources de la profonde détresse des jeunes, est entrée, samedi à Alger, en compétition du 14e Festival national du théâtre professionnel (Fntp), devant un public nombreux, tenu au respect des mesures de prévention sanitaire. Ecrit et mis en scène par Ahmed Rezzak, le spectacle, présenté au théâtre national Mahieddine-Bachtarzi (Tna), rend dans des atmosphères burlesques, l’histoire d’un pays qui s’est vidé de sa jeunesse, contrainte au départ dans la clandestinité, affrontant les hautes mers au risque d’y laisser sa vie, en quête d’un ailleurs plus clément et plus prometteur. Unique jeune qui est resté, mais en instance de quitter le territoire, «Khatini», un universitaire diplômé et malheureusement sans emploi, ne sait pas qu’il est activement recherché par les plus hautes autorités du pays, car appelé par le devoir de repeupler la Nation. Entre partir vers d’autres cieux et ne pas laisser sombrer son pays, Khatini vit un véritable drame cornélien. Dans un spectacle engagé aux contours politiques, les comédiens, au jeu ubuesque, ont excellé dans l’interprétation de leurs différents rôles, entretenant l’ambigüité et le malentendu à travers des dialogues directs au rythme ascendant et soutenu, dans une conception qui a dénoncé la mauvaise gestion des gens aux affaires, responsables du profond désarroi de la jeunesse. Portée par les talentueux comédiens, Samira Sahraoui, Bouhedjar Boutchiche, Houria Bahloul, Bendebaba Fouad, Sabrina Korichi, Shahrazed Khalifa, Rabie Ouadjaout, Yasmina Boudjemaâ, Aissa Chouat, Abdellah Bessaghir, Fethi Draoui, Bachir Boudjemaa, Hamza Ben Ahmed et Mohamed Guettaoui, la trame, déroulée en 80 mn, a été d’un réalisme frappant, usant même de quelques slogans des récentes manifestations populaires, appelant au changement. Dans une scénographie fonctionnelle, six décors amovibles ont habillé, après chaque fin de tableau, les différents lieux où s’est déroulée la trame du spectacle, l’intérieur d’une maison, les locaux des hautes autorités officielles, une terrasse de café, un hammam et un tableau en plein rue. Les atmosphères créées par l’éclairage, varié entre vif et feutré, latéral, facial ou vertical a bien servi le spectacle, aidant à saisir la sémantique de chaque scène, tout comme la conception de la bande son, œuvre de Abdelkader Soufi qui a su porter l’humeur de chaque situation et illustrer, par la mélodie et le son, les émotions des personnages. Le travail sur la direction d’acteur aura été, selon le metteur en scène, un des ateliers du spectacle «les plus laborieux», car il fallait pour tous les comédiens (à l’exception de Khatini et sa bien-aimée) restituer «la manière d’être des vieux» et reproduire leurs «comportements séniles» (boitements, tremblements, perte de mémoire, délire, confusion des personnes, voix qui se lézarde ), ajoutant que le corps en mouvement du comédien ne devait pas «mentir» au personnage qu’il interprétait. «Divertissant, émouvant et tranchant», de l’avis de plusieurs spectateurs, le spectacle, «Khatini», produit par le Théâtre régional de Mostaganem «Djillali-Benabdelhalim», a été très applaudi par un public conquis, qui a savouré tous les moments du spectacle dans la délectation. Ouvert le 11 mars dernier, le 14e Festival national du théâtre professionnel (Fntp) prendra fin dimanche, après la présentation au Tna de «Chkoun yekhdae chkoun» (qui «Trump» qui), dernier spectacle en compétition produit par le théâtre régional de Skikda. n