La 10e édition du Festival international du théâtre de Béjaïa (FITB), dont le coup d’envoi est prévu jeudi prochain, sera marquée par la participation de troupes venues du Sénégal, de France, de Tunisie et d’Algérie avec la représentation de cinq pièces, a annoncé le commissaire de la manifestation, Slimane Benaïssa.

Il a également souligné que la plupart des thématiques abordées dans ces pièces traitent pour l’essentiel des concepts de la liberté, de l’amour, des différences et de l’identité. Leur trait d’union étant porté par le thème générique de la rencontre, intitulée « Femmes et enfance », précise Slimane Benaissa à l’APS. Il est à noter que cette 10e édition du festival sera dédiée à la mémoire de Nabila Djahnine, assassinée par les hordes terroristes en 1995 à Tizi-Ouzou alors qu’un hommage sera aussi rendu au comédien Omar Guendouze.
Le coup d’envoi de la manifestation sera marqué par la représentation de la pièce «Timenfla» (la trame) de Lahcene Chiba, qui a remporté en décembre 2018 le prix de la meilleure représentation au 8e Festival culturel national du théâtre amazigh de Batna. « Timenfla » met en lumière une séquence de la décennie noire survenue dans une maisonnette de campagne, devenue le théâtre de conflits familiaux épiques et dramatiques, foisonnant de surcroît de cadavres à chaque épreuve. Bien que lugubre, la chronique est agréablement adoucie par l’humour et la dérision employés et qui en ont fait une œuvre presque comique.
Sa résonnance, bien que dans un contexte autrement différent, est du reste facilement décelable dans la pièce française, signée Joseph Andréas, et mise en scène par Fabrice Henri, intitulée « De nos frères blessés ». Le spectacle, s’inspirant de faits historiques de la Guerre d’Algérie, est monté en hommage à Fernand Yveton, un Français d’Algérie, militant communiste engagé avec le Front de libération nationale (FLN) et qui a dû vivre le martyre à cause de ses idées. Après d’atroces tortures, il a été condamné à mort dans un procès expéditif. Et son sacrifice retentit toujours comme un appel à la liberté.
Pour sa part, le Sénégalais Aristide Tamagda présentera « Et si je les tuais tous, Madame », une vision de la condition humaine et de ses travers miséreux et dérisoires, d’après un texte de Charles Ouitin. Sous la forme de monologue, un monologue bavard sur le dilemme de
« partir ou rester », le voyage d’un continent à un autre, de l’Afrique vers l’Europe. Deux continents qui se côtoient depuis deux siècles mais qui ne se parlent pas et qui ne se comprennent pas. Malgré une réflexion, poussée au délire, il n’arrive pas à trancher.
Moins existentielle, l’œuvre de son compatriote, Djibril Goudiaby, intitulée « le Musée » relate l’histoire d’un jeune qui, après des études poussées en Europe en histoire de l’art, revient au pays pour ouvrir un musée pour protéger le patrimoine culturel et archéologique de son village, menacé de disparition par les effets pervers de la mondialisation.
Son projet se heurte à une foule de sensibilités, notamment les gardiens locaux des traditions, opposés à son projet qui, dans les faits, renvoient à des secrets et des faits de la Seconde Guerre mondiale, dont la résurgence et de nature à nuire à des équilibres sociaux ancrés. La pièce tunisienne, intitulée « Djaraim Zawdjia » (crimes conjugaux) de Mohamed Ali Said et mise en scène par Hamza Maâz, se singularise quelque peu en traitant de la perte de mémoire au détour d’un accident de voiture et l’effort de la recouvrer qui, souvent, s’accompagne de secrets qu’il aurait mieux tus ou oubliés.
En marge des représentations des pièces théâtrales, il est aussi prévu plusieurs animations parallèles, notamment des séances de lecture de théâtre assurées par l’inénarrable comédien Sid-Ahmed Agoumi, des masters class, en présence de deux chevronnés internationaux que sont Henri Frabrice et Haro Clémentine, et des narrations de contes, opérées au sein de plusieurs écoles. Des projections de films sur Omar Guendouze et Nabila Djahnine sont également prévues, ainsi que des spectacles musicaux, l’un à l’ouverture, avec une troupe de Ghardaïa, et l’autre à la clôture, animée par
Bahdja Rahal.<