De notre correspondante Dominique Lorraine
Le Festival International du Film Francophone qui a lieu à Namur (Belgique Wallonne) depuis 1986, a battu son plein du 27 septembre au 4 octobre 2019 : 139 films sélectionnés, longs et courts, issus des quatre coins de la Francophonie, depuis l’Afrique jusqu’aux Amériques, en passant par l’Asie et l’Europe.
C’est «Roubaix, une lumière», du Français Arnaud Desplechin, qui a remporté le Bayard d’Or du meilleur film dans la compétition officielle. Le jury, présidé par le cinéaste français André Téchiné a été sensible à ce beau film noir déjà remarqué à Cannes. Une œuvre puissante sur la culpabilité, la pitié, et le renoncement de soi magnifiquement interprété par Roshdy Zem aux côtés de Léa Seydoux et Sara Forestier impressionnantes. Le Bayard de la meilleure interprétation revint aux deux jeunes comédiens, Fantine Harduin et Thomas Gioria pour leurs étonnantes prestations dans «Adoration» de Fabrice Du Welz. Une fable à la frontière du drame romantique et d’un cinéma de genre, incroyablement radical. Le Bayard du meilleur scénario a été attribué à Boris Lojkine et Bojina Panayotova pour «Camille» (inspiré de la vie de Camille Lepage, reporter-photographe de guerre, tuée en République centrafricaine en 2014 à l’âge de 26 ans.) dont nous avions ici déjà relevé les qualités, lors de sa présentation à Locarno, en août dernier. «Perdrix», du Français Erwan Le Duc, s’est envolé vers le convoité Bayard de la «Première œuvre de fiction». Le jury composé de cinq étudiants en cinéma âgés de 18 à 25 ans aura donc jeté son dévolu sur cette comédie fantaisiste et romantique avec l’étonnant couple Swan Arlaud – Maud Wyler. Le film raconte l’histoire du gendarme Pierre Perdrix qui vit des jours agités depuis l’irruption dans son existence de l’insaisissable Juliette Webb. Le tout filmé dans le décor majestueux des forêts vosgiennes. «Le Père de Nafi», du sénégalais Mamadou Dia (déjà lauréat d’un Léopard d’or à Locarno) a été récompensé par le Prix découverte. Le film mêle adroitement l’intime, l’histoire d’amour naissant et le politique (religieux), avec le conflit qui oppose les pères qui sont frères. Antagonisme qui conduira à la tragédie.

Quatre films portaient les couleurs du Maghreb dont trois de Tunisie
D’abord «Adam» premier long-métrage de la Marocaine Maryam Touzani qui avait déjà reçu un accueil chaleureux à Cannes. Il conte l’histoire de deux femmes, Samia et Abla (jouées par Lubna Azabal et Nisrin Erradi), qui se rencontrent dans la Médina de Casablanca.
“Un fils” de Mehdi Barsaoui, (qui avait déjà fait forte impression à la Mostra de Venise), porté par Samir Bouajila et Najla Ben Abdallah, reçoit à Namur une mention du Jury.
Un drame prenant qui opposera mari et femme suite à l’hospitalisation de leur fils.
Le «vétéran» Nouri Bouzid revient en force avec “Les épouvantails“.
Deux jeunes femmes, Zina et Djo, de retour du front syrien où elles ont été séquestrées et violées, doivent faire face à une reconstruction longue et pénible, freinée par la violence de leurs proches, et un mal-être qui rend leur vie difficilement supportable.
Mais notre film préféré est sans conteste “Noura rêve“ première fiction de Hinde Boujemaâ, déjà remarquée aux festivals de Toronto et El Gouna où Hind Sabrri a remporté le Prix d’interprétation.
Noura rêve de liberté… Elle attend avec impatience le jugement de son divorce. Elle pourra ainsi quitter son mari Jamel, un détenu récidiviste et vivre avec Lassad, un homme qui l’aime profondément. Mais tout ne se passe pas comme prévu et Noura va alors devoir jongler entre son travail, ses enfants, son mari, son ami de coeur, et défier la justice… Hinde Boujemaâ trace un portrait de la société tunisienne où la loi peut se compromettre avec l’arbitraire, la police avec les délinquants, et où règnent des rapports de domination violente. Un réquisitoire également sur un obscurantisme juridique qui rend difficile l‘indépendance des femmes. Ce résultat si convaincant est le fruit d’un excellent scénario et d’une magnifique incarnation des trois interprètes : Hend Sabri, Lotfi Abdelli et Hend Sabri.n