On croirait qu’un vent persistant de douleur, de chagrin, de malheur traverse certaines régions du Continent. Des cinéastes africains l’ont pointé du doigt. Leurs films étaient dans la sélection du Festival de Namur. Ils ont filmé l’Afrique avec son lot de guerres ethniques et de révoltes contre les régimes malsains. Des guerres cruelles et répétitives. Des révoltes frénétiques et résolues. Comme celle qui se passe en ce moment même à Kinshasa, capitale du Congo RCD.

Etonnamment précurseur, Dioudo Hamadi, cinéaste congolais, a filmé il y a quelques mois dans les rues de Kinshasa les mêmes scènes qu’on voit aujourd’hui à la télévision. Son film « Kinshasa Makambo », long métrage documentaire, montre l’élan majeur de la foule face à l’implacable répression du régime Kabila. On écoute les discours. Les leaders du mouvement sont brillants, intelligents. Ils rendent coup pour coup, avec des arguments subtils, la réplique à la propagande du gouvernement. Cette foule en révolte est consciencieuse, soucieuse de l’avenir du pays et n’a qu’un objectif : les élections, donc l’alternance du pouvoir, donc le départ de Kabila. De temps en temps, la caméra de Dioudo Hamadi s’attarde sur les banderoles brandies imperturbablement face aux soldats armés. Comme on le voit, le régime Kabila s’enlise à chaque instant davantage et le peuple ne lui laisse aucun répit. Dioudo Hamadi excelle à rendre son film captivant. Il a suscité de longs débats avec des résidents congolais en Belgique. Médecin avant d’être réalisateur, Dioudo Hamadi est natif de la ville de Kisangani (RDC), ex-Stanleyville. Ses films précédents ont obtenu de nombreux prix : Examen d’Etat sur la fraude au baccalauréat, Tolérance Zéro contre les violences sexuelles, Dames en Attente sur les patientes séquestrées dans les hôpitaux de Kinshasa jusqu’au paiement de la facture. Les images de guerres fratricides et très cruelles font périodiquement un retour dans les films africains. Comme un redoutable orage qui gronde, menace et s’abat sur le Continent, déjà meurtri par la fuite de ses enfants qui traversent le désert et finissent noyés dans la mer. Il y a ainsi des guerres dans plusieurs régions du Continent et on ne sait jamais qui combat qui. Mais on sait une chose, c’est que derrière ces guerres se profilent d’énormes enjeux économiques dans un continent très riche en matières premières et métaux précieux convoités par l’Occident. Jamais sans doute les terrifiants massacres n’ont été reconstitués avec la sinistre ampleur qu’on voit dans le long métrage fiction du cinéaste rwandais Joel Karakezi : The Mercy Of The Jungle (le pardon de la jungle). C’est un film tourné au Congo RDC, dans la jungle de Kivu, à la frontière du Congo et du Rwanda. Une jungle extrêmement vaste, hostile, depuis longtemps une zone de guerre ethnique. Images hallucinantes, au cœur des ténèbres, de villages entièrement brûlés, de maisons pillées, de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants. Les « rebelles » incendient les champs et tuent le bétail. La caméra suit la fuite éperdue des survivants. Ils ont tout perdu. Baluchon sur l’épaule, ils s’avancent au bord des larmes, la peur au ventre, la douleur dans le regard et le cœur endurci. Leurs enfants tentent de s’accrocher à leurs bras. Dans cet étrange décor de la jungle de Kivu, le film bascule d’une horreur à une autre, d’une tragédie à la suivante. La malédiction qui a touché le Congo continue ses ravages à ce jour. L’absurdité de la guerre, la folie sont là sur l’écran. Cette jungle inextricable devient un personnage à part entière du film. On voit deux soldats ayant perdu la trace de leur bataillon tenter de trouver une issue. Cela se passe en 1998, alors que la deuxième guerre du Congo fait rage. La jungle où ils croisent des animaux sauvages très paisibles (une scène de tournage extraordinaire quand les soldats tombent sur un gorille) est pourtant la proie à la guerre la plus sauvage, que les deux soldats perdus vont subir. La même malédiction a frappé le Rwanda au temps du génocide. Imfura, long métrage fiction du cinéaste rwandais Samuel Ishimwe, nous montre un jeune homme revenu, après ses études à l’étranger, dans son village où il compte reconstruire la maison familiale dont il ne reste que des cendres. Un membre de sa famille s’y oppose. Mais cette histoire de maison, de mère disparue n’est qu’un prétexte pour évoquer sans y revenir la tragédie du génocide. Les douleurs et les ressentiments. Samuel Ishimwe, journaliste, photographe, réalisateur rwandais a remporté pour Imfura l’Ours d’Or au Festival de Berlin 2017, section court métrage. D’autres films africains, notamment du Burkina Faso, étaient dans la sélection du Festival de Namur. A l’approche du Fespaco 2019, les réalisateurs redoublent d’activité. En général, ils n’attendent plus indéfiniment un financement, ils ne veulent plus gâcher leur vie à solliciter d’éventuels producteurs. Ils travaillent désormais dans les formats numériques moins coûteux, en mettant de leur poche ou avec l’aide de la famille. « Nous devons nous laisser guider par notre imagination, dit un cinéaste, c’est ce que permet la révolution numérique. »n