L’Algérie et le Hirak sont présents à la 70e Berlinale (Festival international du film de Berlin) avec le long métrage documentaire « Nardjes A., une journée de la vie d’une militante algérienne », du réalisateur algéro-brésilien Karim Aïnouz, ont annoncé les organisateurs sur leur site Internet.

A l’occasion de cette édition 2020, qui a débuté dans la soirée de jeudi dernier, le documentaire sera présenté en avant-première mondiale dans la section « Panorama » (hors compétition). Le film aborde le mouvement de protestation du peuple algérien, qui célèbre, aujourd’hui, son premier anniversaire à travers le quotidien d’une jeune artiste militante dans les rue d’Alger.
Pour rappel, l’artiste et militante algérienne Nardjess Asli, dont la famille s’est battue lors de la guerre d’indépendance, avait été fortement médiatisée, au mois d’août dernier, suite à son interpellation suite à la diffusion d’une vidéo, sans autorisation, d’un sans-abri malade, délaissé au centre hospitalo-universitaire Mustapha-Pacha d’Alger. Nardjess, également membre de l’association «Le cœur sur la main », a été arrêtée suite à une plainte en diffamation du Directeur général de l’hôpital. A propos de la motivation qui l’a poussé à réaliser ce documentaire, dédié au Hirak, dans un article publié par Screen Daily, Karim Aïnouz explique que tout cela avait un « double sens » pour lui, «alors que le Brésil se fondait littéralement en quelque chose d’horrible avec le gouvernement [du président] Bolsonaro, je suis arrivé dans ce pays, qui est supposé être mon deuxième pays, à quelque chose de vraiment beau, des jeunes dans les rues, marchant un vendredi, luttant pour la démocratie. C’était presque comme une sortie d’un scénario épouvantable ou génial». Un montage brut du documentaire « Nardjes, Alger, mars 2019», avait été projeté le 1er septembre dernier, lors de l’atelier de postproduction « Final Cut » à la Mostra de Venise 2019. La version du film « Nardjes A., une journée de la vie d’une militante algérienne », présenté à la Berlinale, est d’une durée de 80mn, fruit d’une coproduction entre l’Algérie, l’Allemagne, le Brésil, la France et le Qatar.
Une édition anniversaire marquée par un nouveau souffle
La 70e Berlinale se poursuit jusqu’au 1er mars prochain avec 18 films en compétition pour l’Ours d’or, la plus haute distinction de cet événement, considéré comme l’un des plus importants rendez-vous cinématographiques dans le monde. En plus d’être un anniversaire, cette 70e édition ouvre un nouveau chapitre pour la Berlinale. En effet, après 18 ans aux manettes, l’Allemand Dieter Kosslick a cédé sa place à un duo plus jeune, composé de l’Italien Carlo Chatrian, ancien directeur du Festival de Locarno, et de la Néerlandaise Mariette Rissenbeek. Pour ses débuts, cette nouvelle équipe a dû faire face à de récentes révélations sur le passé nazi d’un ancien directeur de la Berlinale, ce qui les a contraints à transformer le Prix Alfred-Bauer en Ours d’argent. Le festival a d’ailleurs confié une enquête à ce sujet à l’Institut d’histoire contemporaine de Munich.
L’objectif de cette édition est ainsi de « faire de la place à la diversité », en proposant de nombreux films réalisés par des femmes, des œuvres du monde entier, avec un gros contingent venant du Brésil, des sujets politiques et une nouvelle section baptisée « Encounters », proposant des films de niche entre documentaire et fiction. Le festival en profitera aussi pour saluer la carrière d’Helen Mirren qui recevra un Ours d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.