Le coup d’envoi de la 41e édition du Festival international de Timgad a été donné, dans la soirée de dimanche dernier, au théâtre de plein air de Timgad en présence de la ministre de la Culture Meriem Merdaci, du directeur de la culture de la wilaya de Batna, Nourredine Bougandoura, et du wali de Batna, Farid Mohammedi.

La première soirée s’est déroulée dans une ambiance festive, variant sur scène des styles musicaux puisés du patrimoine comme le chaoui, raï, malouf ainsi que le flow moderne de la musique rap. Toutefois, la fin de soirée a été marquée par un excès de zèle des vigiles assurant le service de sécurité avec des dépassements musclés envers les journalistes et même des membres du staff de l’organisation du Festival. Pourtant, la soirée d’ouverture avait bien commencé sur les airs populaires de la région des Aurès interprétés par le groupe «Ithran». La prestation du groupe a charmé pendant une vingtaine de minutes le public batnéen en proposant un bouquet de chansons chaoui avec des sonorités modernes. Ils interpréteront des titres de leurs dernier album tel que « El mahfel » (fête), « El Fouchi » (fusil) ou encore « lah, Yemma ». Le chanteur du groupe, Aziz Laïb, nous déclarera en marge de la soirée que «notre groupe se spécialise dans les fusions entre les rythmes traditionnels et le tempo moderne. C’est dans cet esprit que dans notre dernier album « El Mahfel », sorti en 2017, nous avons intégré plusieurs instruments dont le saxophone en plus de la flûte traditionnelle». La coqueluche du public, la chanteuse Narimane, en robe de princesse, a mis des étincelles dans les yeux de ses jeunes fans. Sa voix magique a résonné au-delà du théâtre, envoutant les présents en interprétant «Yal Maqnin Zin », «Chahlat laâyani», «âla khatrek», «el khobz wel ma» ou encore «mazel mazel».
Le public conquis a longuement applaudi la chanteuse en scandant son nom jusqu’à sa sortie de scène.

Les chansons du patrimoine ovationnées par le public
Le même engouement a accompagné le passage sur scène de la chanteuse locale Souad Chaouia qui, pour sa première participation au Festival de Timgad, a interprété ses titres, «Ya Mourad Ya Mourad» et «Yal Hagara», poursuivant avec des enchaînements du patrimoine chaoui. De son côté, le chanteur Benzina a chanté deux chansons du patrimoine malouf, «Chadli Belehcen» et «Maâ hbibti tahla sahriya». Dans un autre registre, Cheb Abbès s’est dépensé sur scène pour satisfaire les goûts et les désirs des spectateurs, créant une véritable ambiance de fête. Le chanteur enflammera les gradins du théâtre en interprétant ses plus célèbres morceaux notamment «Ketrou hmoumi», «Walit solitaire» et «Semitek omri». Cette première soirée de la 41e édition du Festival de Timgad s’est clôturée en apothéose avec le spectacle son et lumière de la grande star du rap Rim’k, accompagné du rappeur AP, membre du groupe 113. Les deux célèbres rappeurs investissent avec brio la magnifique scène du théâtre de Timgad, chantant à la gloire des Verts. En maillot de l’équipe nationale, les deux stars ont également chanté leurs plus grands succès à l’instar de «Ndeber rassi», « Déconnectés», «La Cité», «Magic System» ou encore le fameux incontournable tube «Tonton du Bled». Le public était en transe devant le tonton du rap, impressionné par l’accueil que ses fans lui ont réservé. Par ailleurs, un mémorable hommage a été rendu au rossignol des Aurès « Katchou » de son vrai nom Ali Nasri. A cette occasion, son fils Seif Eddine Nasri, qui est aussi chanteur, a voulu rendre hommage à son défunt père en interprétant notamment l’une des chansons du regretté disparu, «Dir el khir w nsah ».

Œuvrer à la protection des sites archéologiques
En marge de cette soirée, la ministre de la Culture Meriem Merdaci a affirmé, lors d’un point de presse, que «cette nouvelle édition du Festival se distingue par sa grande qualité dans le choix de sa programmation et par la participation des jeunes artistes locaux qui illustreront le caractère musical des Aurès». Ajoutant : « Nous sommes à la 41e édition du Festival international de Timgad, c’est une occasion de passer un message pour faire valoir le patrimoine culturel algérien par le biais de nos jeunes artistes qui donnent beaucoup pour l’art. Nous avons également au programme quelques artistes internationaux. Cette manifestation est aussi une occasion de prouver l’intérêt de l’Algérie pour faire valoir la culture.» D’autre part, la ministre révèlera que sa visite de travail dans la région des Aurès avait également pour objectif de réaffirmer l’engagement de son institution dans la protection des sites et du patrimoine archéologiques de la région. «En compagnie du wali, des autorités locales ainsi que des cadres du ministère de la Culture, nous avons fait le constat sur place de l’état de préservation des vertiges archéologiques, notamment des mosaïques », a-t-elle déclaré. Enchaînant qu’«une décision a été prise afin d’aménager les abords de ce site historique pour en faire un circuit touristique». Selon la ministre de la Culture, «il est aussi question de mettre l’accent sur la protection de ce patrimoine en encouragent et accélérant les fouilles archéologiques sur ce site et en ayant en point de mire le développement économique local ». Mme Meriem Merdaci a également déclaré aux médias présents que «nous nous sommes rendus également dans le site mythique de Timgad, où nous avons aussi visité le musée et le site archéologique. Suite à cette visite, nous avons donné des directives afin de préserver ce patrimoine mondialement reconnu. C’est avec le même intérêt que nous avons visité le musée de Tazoult, afin de constater de visu l’état de la restauration des sculptures et des mosaïques». Ainsi elle a réitéré que l’objectif de son département est de protéger le patrimoine culturel matériel qui revêt une dimension nationale et universelle, estimant que le site de Tazoult est « exceptionnel par sa vaste superficie » et possède des « mosaïques rares dont celle de la célèbre tigresse ».

Ouverture de la Cinémathèque de Batna à la fin août
Par ailleurs, elle abordera l’état d’avancement des travaux de la Cinémathèque de Batna», en affirmant « que les travaux sont finalisés et les réserves techniques formulées ont été levées». Précisant qu’ «il ne reste que quelques petites touches et la date de réouverture de la cinémathèque a été fixée en coordination avec le chef de l’Exécutif local. Des films seront prochainement projetés dans cette structure dès la fin de ce mois d’août ».

Le Sila du 29 octobre au 9 novembre prochain
En réponse à une question sur les importants rendez-vous culturels programmés, la ministre a précisé que le Festival arabe de Djemila, à Sétif, sera ouvert le 4 août prochain et le Festival d’Oran du film arabe est programmé pour le mois d’octobre de l’année en cours. La ministre de la Culture a également saisi cette occasion pour annoncer la date de l’un des plus importants rendez-vous de l’agenda culturel en Algérie : «Le Salon international du livre (Sila) s’étalera du 29 octobre au 9 novembre prochain. Des éditeurs sont en train de s’inscrire et les organisateurs sont en train de travailler pour la réussite de cet événement.»

Couacs et dépassements des vigiles
Il est à noter que la fin de la soirée a connu plusieurs couacs et dépassements des vigiles, dépêchés par la wilaya, pour assurer le service de sécurité de la cérémonie d’ouverture de cette 41e édition. Les agents de sécurité, censés veiller sur le bon déroulement de la manifestation, se sont violemment comportés en bousculant sans scrupule certains membres de l’organisation du festival et la presse, les empêchant de faire leur travail avec des insultes et des gestes brusques. Alors que les vigiles doivent respecter les porteurs de badges, en l’occurrence les médias et les organisateurs, leur souci était de les éloigner des officiels présents, créant ainsi une bousculade et de violentes altercations qui auraient pu tourner au drame. Malgré cela, les journalistes présents ont insisté pour faire leur travail et une fois le devoir accompli, ont adressé des réclamations au commissaire du Festival de Timgad, afin de mettre fin aux comportements indignes des vigiles qui entachent une manifestation culturelle d’une dimension internationale.n