Le Théâtre régional Abdelkader-Alloula d’Oran a vécu, avant-hier soir, sous le choc de la représentation de la pièce théâtrale irakienne 

Oh mon Dieu ! de Mustapha Al Rekabi.

Cette œuvre, une tragédie, est une question grande comme le monde sur ce qu’est la justice divine, la justice des hommes en temps de guerre : celle que subit l’Irak depuis l’invasion américaine en 2003 et qui se poursuit aujourd’hui par les attaques des groupes djihadistes qui détruisent tout sur leur passage, sans compter les affrontements fratricides et interconfessionnels. Elle a subjugué le public par la force de son texte interpellatif et qui raconte les souffrances des mères irakiennes qui, chaque jour, voient leurs enfants broyés par la guerre et les attentats. Elle l’a également captivé par sa forme, son ambiance sonore et lumineuse et son ouverture par un texte coranique suivi d’extraits d’un film sur ce que semble être la guerre civile au Liban… Le personnage principal de la pièce, une mère, interprétée par la comédienne Saha Salem, fait d’emblée dans la révolte et la transgression : elle défie Dieu en lui donnant un délai de de 24 heures pour arrêter le bain de sang qui noie son pays, faute de quoi elle s’engage à arrêter la prière et à faire une grève de la faim. Entre-temps, le prophète Moïse est envoyé sur terre pour le rôle de négociateur avec la mère prête à perdre et rendre sa foi après la perte de ses enfants. Entre les deux protagonistes s’enclenche un dialogue tout ce qu’il y a d’humain – et on comprend là le clin d’œil du metteur en scène ainsi que sa hardiesse à investir les planches de thèmes religieux quand ceux-ci sont devenus des motifs à tuer des gens pour un rien – sur la volonté de cette mère éplorée et ravagée de voir sa progéniture épargnée par la mort et son vœu transmis au personnage du prophète de voir ses enfants grandir et vivre pour atteindre l’âge de 50 ans «au moins». Au Créateur, par l’intermédiaire de Moïse, elle veut qu’il lui accorde le miracle de laisser ses enfants vivre… Dans la conférence de presse qui a précédé la représentation de sa pièce, le metteur en scène Mustapha Al Rekabi a déclaré : «J’ai monté cette pièce par la seule image que j’ai de la rue irakienne et des souffrances qu’elle me montre tous les jours : attentats, morts, corps déchiquetés et cette peur de l’instabilité dont souffre tout le monde arabe.» L’auteur de la pièce, Ali Adbelnabi Al Zeydi a ajouté : «Dans ce texte, je m’adresse à tous les Arabes qui ont connu la tragédie de la guerre et l’impuissance abyssale qu’on a en face d’elle. Ce travail, a-t-il poursuivi, s’inscrit dans une œuvre comprenant six pièces rassemblées dans un ouvrage en 2009 intitulé Des Dieux et dont je prépare la deuxième partie.» Pour la comédienne Saha Salem, qui a compris que la pièce ne pouvait pas être comprise par tout le monde et que certains pouvaient la considérer comme une provocation blasphématoire, elle a d’emblée averti qu’elle peut être interprétée différemment selon le spectateur, sa culture et sa sensibilité. Une déclaration qui a sonné juste puisque une grande partie du public présent lors du spectacle l’a jugée «audacieuse car touchant au sacré». De nombreuses personnes ont d’ailleurs quitté la salle avant la fin du spectacle sans se donner la peine de comprendre la pièce. D’autres, heureusement, ont compris ce qu’est une métaphore et ce qu’est le sens caché d’une œuvre produite à partir d’une société démantelée dans un pays menacé jusque dans sa survie. «J’ai beaucoup aimé cette pièce qui relate la vérité des mères qui souffrent de la perte de leurs enfants et l’usage du sacré pour dénoncer ceux qui le manipulent à des fins bassement terrestres. Quand on est mère, on est prête à tout pour ses enfants», nous a confié une spectatrice.