L’hôtel Le Méridien d’Oran a abrité, en marge de la 9e édition du Festival du théâtre arabe qui se poursuit jusqu’à vendredi, un débat intéressant des grands hommes de la critique théâtrale, dont l’Algérien Makhlouf Boukrouh et l’Egyptien Saïd Ali Ismaïl sous le thème « Le premier texte théâtral arabe ».

Selon Makhlouf Boukrouh, il n’y avait pas de texte théâtral écrit avant 1848. Et ce n’est qu’après les textes de Maroun An’ Naqqash, au Liban, et d’Abraham Daninos, en Algérie, qu’on a découvert l’écriture dramatique. Les pièces de ces deux auteurs furent éditées au XIXe siècle. Makhlouf Boukrouh affirme que Daninos publia son texte en 1848, bien avant An Naqqash, ce qui indique que le premier texte d’une pièce de théâtre écrite dans le monde arabe fut à Alger. Le critique indiquera, par ailleurs, qu’au même moment où Abraham Daninos écrivait et publiait sa pièce à Alger en 1847, « une pièce originale, il faut bien le dire, le Libanais, Maroun An’ Naqqash, présentait sa première pièce à Beyrouth, et qui, du reste, fut une adaptation de la langue française ». « La pièce en question, Nazahat al mushtaqwaghusst al ushaq fi madinattiryaq bi Irak, (Le plaisant voyage des amoureux et la souffrance des amants dans la ville de Tiryaq en Irak) a été découverte par le chercheur britannique Philip Sadgrove, professeur à l’université de Manchester », dira Boukrouh, en sa qualité de professeur et ancien directeur du théâtre d’Alger. Le Tunisien Mohamed Mediouni a, quant à lui, évoqué l’existence du texte depuis des siècles. Il a parlé dans son intervention sur le débat récurrent du théâtre arabe, les différences entre le Machrek et le Maghreb. « Nos amis du Machrek doivent s’ouvrir davantage pour savoir ce qui se passe au Maghreb et c’est là que nous pourrons parler d’une culture arabe », affirme l’ex-directeur de l’Institut supérieur d’art dramatique (ISAD) en Tunisie.

Les recherches scientifiques sur le théâtre arabe n’apportent rien de nouveau
Au cours du même débat, organisé en marge de ce festival, Dr Saïd Ali Ismaïl, enseignant à l’université de Hilwan (Egypte), a indiqué que la recherche scientifique dans le domaine du théâtre connaît une régression significative dans le monde arabe et une baisse de la qualité à cause des vols sans scrupules. D’autre part, il a fait part d’une lueur d’espoir chez une minorité de chercheurs œuvrant pour le développement de la recherche théâtrale. « Il est nécessaire pour les enseignants encadrant les recherches de bien vérifier leurs exposés au service du théâtre arabe », a-t-il souligné, mettant l’accent sur l’importance de financer les recherches scientifiques rigoureuses et de réunir les conditions nécessaires pour permettre de réaliser des recherches de qualité. Dr Djamila Mustapha-Zeggai de l’université de Sidi Bel Abbès (Algérie) a estimé que les recherches scientifiques dans le domaine du théâtre n’ont apporté rien de nouveau, faisant remarquer que la plupart des chercheurs arabes s’appuient sur des sites Internet, ce qui dénote un manque de sérieux. La directrice de l’Institut supérieur des métiers d’arts, du spectacle et de l’audiovisuel de Bordj El Kiffan (Alger), Akkak Fouzia, a indiqué que de nombreuses tentatives œuvrent à relancer la recherche scientifique théâtrale pour l’adapter à la société, mais d’une manière timide sur le plan créatif par rapport aux recherches en Occident. Pour encourager et inciter les chercheurs spécialistes du théâtre, l’Instance arabe du théâtre a programmé, au titre du Festival arabe du théâtre, une conférence autour de trois recherches lauréates au concours arabe de recherche scientifique, auquel ont pris part 24 chercheurs de différents pays arabes.