Le Théâtre régional Abdelkader-Alloula d’Oran a abrité, avant-hier soir, dans le cadre de la 9e édition du Festival du théâtre arabe, la pièce théâtrale jordanienne El ors al wahchi (noces barbares) d’Abdelkader El Djarah.

Adaptée du texte français Les Noces barbares écrit par Yann Queffélec, paru en 1985 en France, cette tragédie relate l’histoire d’une adolescente, Djamila, qui se fait violer à l’âge de 13 ans par trois soldats marins avant qu’elle ne tombe enceinte. La présentation émouvante interprétée avec un dialecte arabe et une langue poétique a touché et ému le public oranais. La fillette essaye désespérément de tuer son bébé en faisant exprès de tomber du lit. Mais ce dernier résiste et reste en vie. A sa naissance, le bébé est caché au reste du monde et ne connaîtra jamais l’enfance heureuse que tout enfant mérite. Le petit enfant ne sera jamais aimé par sa mère et sera ostracisé par sa propre famille. Cette ambivalence entre amour et haine sera l’un des points forts du texte de la pièce. La mère ne peut vivre près de lui, car il lui rappelle trop son viol, mais elle ne peut non plus s’en séparer. Hantée par la malheureuse tragédie vécue à l’âge de 13 ans, elle se met à mépriser son seul enfant, jusqu’à ne pas pouvoir poser ses yeux sur lui. Le petit se perd et voit en lui, un monstre mal aimé par tout le monde, ce qui le pousse à se détester lui-même. Le garçon ne perd pas espoir et reste toujours en quête de l’amour maternel dont il a souvent rêvé. En dépit du combat qu’il mène au jour le jour, afin de conquérir le cœur de sa maman, il finit à force d’insister à se faire interner dans un pensionnat pour attardés mentaux dont il s’échappera finalement pour trouver refuge sur l’épave d’un navire échoué sur une plage. Tout au long de son enfance et son adolescence, il cherchera à obtenir une preuve d’amour de la part de sa mère. Mais hélas la femme prise par le chagrin se suicide. Le docteur Driss Gargoua, critique de théâtre, a indiqué, lors du débat qui a suivi cette pièce, que « la mise en scène, le décor, les lumières et surtout la musique étaient tout à fait en accord avec le texte et ont transporté les spectateurs dans un monde agréable, qui les pousse à se poser beaucoup de questions sur l’histoire de cette pièce ». Le metteur en scène Abdelkader El Djarah a, quant à lui, expliqué le sens du titre de la pièce. « Les noces évoquent la joie, le mariage… cependant, barbares, fait allusion au viol… Violer une femme, c’est violer tout un pays », a-t-il indiqué.