L’atelier de création cinématographique de Timimoune, initié par le collectif Cinéma et Mémoire, dont le fruit est une série de films documentaires réalisés par de  jeunes cinéastes algériennes, est à l’affiche du 42e Festival du cinéma de Douarnenez, en France, qui s’ouvre aujourd’hui et se poursuivra jusqu’au 24 août.

A l’origine du projet et de la création de l’atelier de Timimoune, la cinéaste, poétesse et formatrice Habiba Djahnine avait confié dans nos colonnes que les réalisatrices présentent «des histoires de femmes qui se battent tous les jours et font des choses extraordinaires dans l’anonymat.
Des femmes qui ne sont ni héroïnes ni icônes, des personnes lambda mais avec des parcours exceptionnels qui structurent la société en fait».
Ainsi, le  courage et la résistance des femmes en Algérie sont le fil conducteur des six documentaires programmés au Festival du cinéma breton, en l’occurrence «Felfel lahmar» de Saâdia Gacem, «E’sitar» (le Rideau) de Kahina Zina, «Les Filles de la montagnarde» d’Awres Wiame, qui revient sur le vécu de Khedidja El Djeblia et du destin de ses filles, «Selon elle» de Kamila Ould Larbi, «Dis-moi Djamila, si je meurs, comment feras-tu ?» de Leïla Saâdna » et «Nouba» de Sonia At Qasi-Kessi.
Les festivaliers présents à ce rendez-vous, organisé dans le Finistère, découvriront le fruit du travail des réalisatrices algériennes qui ont allié leurs forces, leurs sensibilités et leurs savoir-faire pour dire, à travers le cinéma, des histoires et par là-même, l’Histoire. Des femmes et autant de territoires qui vont de Timimoune à Alger en passant par Sétif, Bouzeguène, Bordj Bou-Arréridj, Médéa, Oran et Constantine.

35 œuvres algériennes sélectionnées
Cette 42e édition du Festival du cinéma de Douarnenez mettra le cap sur l’Algérie avec le slogan «Algériens, Algériennes », en sélectionnant  trente-cinq films illustrant la diversité du cinéma du pays, du documentaire à la fiction. 
Le public présent dans la ville bretonne découvrira ou redécouvrira sur grand écran,  notamment le film «Papicha» de Mounia Meddour, très remarquée lors du Festival de Cannes de cette année.
Mais aussi, d’autres films tels que «Mascarades» réalisé par Lyes Salem, «Jusqu’à la fin des temps» de Yasmine Chouikh, «El Gusto» de Safinez Bousbia, «Algériennes, 30 ans après» de Lallem Ahmed, «Derwisha» un film de Leïla Beratto, «Omar Gatlato» de Merzak Allouache, «Avoir vingt ans dans les Aurès» de René Vautier, «Viva Laldjérie» de Nadir Moknèche, «Lettre à ma sœur» de Nabila Djahnine, «Les Massacres de Sétif, un certain 8 mai 1945» de Mehdi Lallaoui, «La Bataille d’Alger, un film dans l’Histoire» de Malek Bensmaïl ou encore «En attendant les hirondelles» réalisé par Karim Moussaoui.

«Défendre l’environnement social et culturel»
A propos du choix des films sélectionnés, Christian Ryo, le directeur du festival, a expliqué aux médias que l’«on va à la recherche de films de réalisateurs algériens, on les visionne et on voit les grands axes qui en ressortent. Par exemple, la question de la place de la femme en Algérie est dominante. Mais on cherche aussi à défendre l’environnement naturel, social et culturel».  
Une dizaine de réalisateurs algériens seront également  présents lors du festival pour rencontrer et discuter  avec les spectateurs. «C’est vraiment un lieu d’échanges, de partage et de convivialité. Le public pourra goûter à une large sélection  des documentaires, des fictions en format court ou long», affirme le directeur du Festival de Douarnenez. Ajoutant que chaque film sera projeté deux, voire trois, fois notamment au cinéma « le Club », à l’auditorium de la médiathèque, à la salle des fêtes des Halles et à la MJC de Douarnenez.
En plus de la sélection des œuvres algériennes, au total 70 productions cinématographiques seront projetées tout au long du festival  «choisies pour leur qualité esthétique, leur intérêt et leur thème», précise  Christian Ryo.

Expositions, littérature et débats
En marge des projections, le collège Saint-Blaise de la ville reçoit les « Echappées sonores », des séances d’écoute et de discussions, autour des différentes thématiques développées lors de ce festival.  Cinq expositions prendront aussi place un peu partout dans Douarnenez, pendant toute la durée du festival.  Au «Cri suspendu», Bruno Hadjih présentera son travail sur le Sud algérien, tandis que Youcef Krache dévoilera ses photos sur la diversité de l’Algérie au Genou vrillé (Pouldergat). Des clichés diffusés sur les réseaux sociaux par des Algériens lors des manifestations populaires seront exposés au « Larvoratoire » et le collectif d’artistes «Brokk’art» prendra ses quartiers à la galerie « Miette de baleines ». Au «Bris glace», on retrouvera des œuvres d’Anne Cognard, notamment des aquarelles inspirées d’un récent voyage en Algérie.
La photographe et artiste Leïla Saadna va quant à elle présenter des Portraits sonores et photographiques. «Des histoires qui se croisent ici, à Alger ou à Oran, du continent africain vers l’Europe, des histoires de retours aussi, des trajectoires de fuite, des récits d’exil, de femmes et d’hommes en attente, en recherche, en construction, en espoir d’un monde où il serait possible de vivre », soulignent les organisateurs. Durant toute la manifestation, des débats et des rencontres seront organisés tous les jours En partenariat avec la librairie « L’Ivraie », des rencontres avec des auteurs algériens se dérouleront tous les jours sur la place de l’Enfer, à 17h, avec la présence de Sarah Haidar et Mustapha Benfodil. Au « Local », des séances d’écoute et des discussions sont prévues chaque jour de 13h à 18h.

Plongée dans l’histoire de l’Algérie
Tangui Perron, historien, chargé du patrimoine audiovisuel à Périphérie (Seine-Saint-Denis), présentera une petite histoire du cinéma militant s’intitulant «De la Bretagne à l’Algérie». Les amateurs du septième  art découvriront également comment «décrypter les images coloniales» avec Daho Djerbal.
Dans cette conférence sur l’image (rie) coloniale, l’approche de Daho Djerbal, historien et fondateur de la revue « Naqd », sera surtout tournée vers la représentation, la production et la diffusion d’une image perpétuant le rapport de domination en situation coloniale. 
De son côté, Mathieu Rigouste, en cours de réalisation d’un projet intitulé «Un seul héros, le peuple », mettra en exergue l’histoire de ce film, dont les faits se déroulent  le 11 décembre 1960, après 130 années de colonisation. Le film se construira autour de dialogues avec les derniers témoins de ce soulèvement populaire. Leurs paroles, leurs souvenirs et leurs émotions croisent les analyses d’historiens et d’amis de différentes générations.

Masters Class de Malek Bensmaïl
Par ailleurs, un Master Class sera présenté par le réalisateur algérien Malek Bensmaïl.
Ce  Master Class sera l’occasion de rentrer dans les interstices du cinéma de Malek Bensmaïl, de mettre en avant la dimension de ses documentaires comme arme cinématographique qui a fait émerger une nouvelle génération de cinéastes en Algérie. Pour rappel, Depuis 1978, le Festival du cinéma de Douarnenez  (Finistère) invite des peuples venus de divers pays pour témoigner de leur culture à travers leur filmographie.