Deux films en provenance du monde arabe ont montré deux visions d’une société déchirée par la guerre.

«Mon tissu préféré» de Gaya Jiji (Un certain regard)
Une jeune femme, Nahla, vendeuse dans une boutique de vêtements, ne se voit pas d’avenir. Le père est mort, et la famille a dû déménager dans un petit appartement en ville. Pour assurer l’avenir des siens, la mère accepte la proposition d’une famille syrienne immigrée aux États-Unis de faire de Nahla l’épouse de leur fils.
Quand le jeune émigré arrive, accompagné de ses parents, Nahla manque sévèrement d’enthousiasme si bien que c’est sa sœur cadette qui est choisie. Nahla, dépitée malgré tout, se met alors à fréquenter l’appartement  de madame Jiji, une voisine, qui «coache» un petit groupe de prostituées.
Le film se  déroule à Damas, en mars 2011, lors des premières révoltes contre le gouvernement syrien. On y voit les images des manifestants pacifistes réprimés par l’armée et les bombardements qui commencent. On y entend aussi des discours du maître de Damas, tente de justifier ces réactions disproportionnées…
Seule la dernière des filles, une sorte de garçon manqué,  pressent que cela va durer.
Gaya Jiji, la réalisatrice a sans doute voulu montrer comment les rêves et les espoirs d’une jeune fille vont être stoppés par l’irruption de la guerre. Dommage que le film soit un peu empesé trop et que le personnage de Nahla ne soit pas assez bien dépeint (on ne comprend pas toujours toutes ses motivations).
Premier film d’une cinéaste et actrice originaire de Damas, «Mon tissu préféré» (tourné à Istanbul) vaut quand même le détour.

«Samouni Road» de Stefano Savona (Quinzaine des réalisateurs)

Incroyablement émouvant, «Samouni Road» est un documentaire tourné  dans la périphérie rurale de Gaza City et qui tire son nom du clan Samouni. Une famille d’agriculteurs pacifistes, qui a vécu des drames suite à l’opération israélienne» Plomb durci», sur Gaza, en 2009. Une partie des leurs, une trentaine de personnes, a disparu suite à des exécutions sommaires et à des bombardements de l’armée israélienne. Sans compter la destruction massive de leurs habitations. Le réalisateur italien les filme d’abord peu après l’attaque. Les enfants, les adolescents, les veuves, les quelques hommes qui restent, racontent leurs effrois pendant l’attaque, le recensement des morts, leurs douleurs, les pénuries de vivres, leur avenir incertain.
Ils disent aussi leur indignation devant la tentative des récupérations des partis politiques, voulant faire de chaque mort un martyr de leur cause et monnayant les reconstructions.
Puis Stefano Savona les retrouve un an plus tard à l’occasion d’un mariage, car il faut continuer à vivre et construire de nouvelles familles.
Le montage du film alterne les témoignages bouleversants avec des images d’animation. La rue telle qu’elle était avant les destructions, et les étapes de l’attaque surprise, sont reconstituées, grâce aux souvenirs de la famille, des images très réalistes crayonnées en noir sur fond blanc, conçues par Simone Massi.
Tout cela est complété par des documents d’archives israéliens, car suite aux massacres de civils non justifiés et à la condamnation unanime de cette véritable épuration familiale des Samouni, une enquête internationale avait été diligentée.
Le film n’est pas vindicatif. Il pose les données d’une équation jusqu’à maintenant insoluble à cause de ce déni de justice internationale à l’endroit du peuple palestinien. Le Palermitain Stefano Savona, archéologue de formation, nous avait déjà étonné et séduit avec «Tahrir, place de la libération» en 2011, il récidive avec «Samouni Road».