La 3e édition du Festival d’Annaba du film méditerranéen (Fafm) aura été une bouffée d’oxygène pour la culture dans cette ville de l’est du pays qui a vu ses journées fleurir et s’épanouir avec une profusion de films, de documentaires, de conférences-débat et d’ateliers de formation de cinéastes en herbe.

La clôture de cet événement, en présence du ministre de la Culture Azzedine Mihoubi, a été décidé au théâtre, hier, vers 18h. Un baisser de rideau qui laissera certainement sur leur faim les milliers de cinéphiles d’Annaba ou ceux venus des quatre coins du pays pour profiter de cette fête du septième art.
Avant-hier, Mouloud Mammeri, cet écrivain algérien de talent, était à l’honneur avec l’hommage que le Fafm a tenu à lui rendre en lui consacrant une séance spéciale avec la projection du film «La Colline oubliée». Une adaptation du livre éponyme de cet écrivain célèbre pour avoir immortalisé par ses écrits l’Algérie profonde dans toutes ses expressions. Le film de Abderrahmane Bouguermouh, produit en 1996, qui dépeint la vie à Taourirt Mimoun, se veut un hommage à cette population attachée à sa terre et à ses traditions, voulant y vivre et y mourir malgré le départ de certains qui, après une longue absence, y retournent car ne pouvant se détacher définitivement de leurs origines.
Rapports difficiles, conflits et autres sous-tendus par le poids des traditions qui demeurent toujours et qui règlementent les relations entre individus, le microcosme social dans cette «colline oubliée» hors du temps est resté le même car préservant jalousement ses traditions héritées de père en fils. Le public présent ne pouvait que s’en délecter car les images qui défilent sur l’écran ne sont en fait qu’une représentation d’une réalité tirée du quotidien de ces Algériens de cette Kabylie profonde et authentique. Le commissaire du festival, Said Ouled Khalifa, n’a pas manqué de qualifier la séance spéciale dédiée à Mouloud Mammeri d’«hommage qui illumine la 3e édition du FAFM».
Par ailleurs, en compétition officielle, catégorie long métrage, le film algéro-portugais «Zeus», de Paulo Filipe Monteiro, d’une durée de 1h55 projeté lundi à 10h30, n’a pas vraiment drainé des foules, c’est tout juste une salle aux trois-quarts vide qui a suivi ce long métrage, le timing étant pour beaucoup dans cette désaffection du public. Le film relatait la vie du président portugais Manuel Teixeira Gomes, qui s’est exilé volontairement à Béjaïa pour y passer ses dix dernières années. Ses rapports avec les populations locales, ses amitiés, ses balades dans cette perle de l’est algérien et son rapport avec l’écriture sont admirablement dépeints dans cette réalisation qui, au passage, n’a pas manqué d’émerveiller le spectateur avec ces paysages féériques que recèle cette région d’Algérie.
Toujours dans la catégorie long métrage, le film tunisien «El Djaida» de Salma Beccar, qui traite de la femme et son statut dans la société tunisienne à travers des histoires diverses de femmes que le hasard a mis sur le même chemin pour que chacune découvre l’histoire de l’autre et des scènes de défis des convenances, a été projeté au Théâtre Azzedine-Medjoubi.
Dans le film documentaire, en hors compétition, «Le monologue de la muette» des réalisateurs Khady Sylla et Charlie Van Damme, consacré à la servitude de la femme rurale partie en ville, à Dakar, au Sénégal, travailler en tant que «bonne», pour subvenir aux besoins de sa famille, a été projeté au niveau de la cinémathèque.
Le réalisateur, Van Damme, a confié que l’histoire d’Amy, dont les données biographiques sont réelles, relate également d’autres phénomènes comme celui du travail au noir des enfants ou l’exploitation des hommes dans le travail laborieux de la terre, dans des conditions extrêmement difficiles.
Hier, dernière journée du Fafm, a vu la projection de trois films, «Ninato» de l’Espagnol Adrian Orr Serano, «Noces» du Belge Stephen Streker et «Les hirondelles ne meurent pas à Jérusalem» du Tunisien Ridha Behi.
Rappelon enfin que le Fafm propose dans sa 3e édition 20 films pour la catégorie long métrage et films documentaire dans la compétition officielle pour décrocher le jujubier d’or.