L’Algérie est à l’affiche de la 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), qui s’ouvre aujourd’hui dans la capitale burkinabè, avec la sélection en compétition de «Jusqu’à la fin des temps» de la réalisatrice algérienne Yasmine Chouikh, récemment distinguée en France par le Festival international du premier film d’Annonay.

Le film de Yasmine Chouikh, le seul long métrage algérien en course pour «L’Etalon d’or du Yennenga», partage l’affiche de la compétition avec 20 longs-métrages issus de 16 pays africains. Parmi les « favoris », le film kényan « Rafiki» de Wanuri Kahiu, sélectionné à Cannes et, un temps, interdit de diffusion dans son pays, ou encore «Desrances», le nouveau film de la Burkinabè Apolline Traore. Les lauréats de cette 26e édition seront désignés, avant le 2 mars prochain, par un jury présidé par l’universitaire et critique de cinéma algérien Ahmed Bedjaoui. Il est à souligner que l’Algérie a été portée par les organisateurs au rang «d’invitée spéciale». La présence algérienne revêt cette année un caractère politique avec la présence du ministre de la Culture Azzedine Mihoubi accompagné, explique-t-on dans un communiqué parvenu hier à la rédaction, d’une «forte délégation» composée notamment de cinéastes.
Il est également prévu que M. Azzedine Mihoubi rencontre son homologue, le ministre burkinabé de la Culture, des Arts et du Tourisme Abdoul Karim Sango, dans le cadre de cette visite, ajoute le communiqué en rappelant que l’Algérie avait décerné, en novembre dernier, le Prix international Miriam-Makeba de la créativité artistique au Fespaco.
Cinquante ans d’un festival populaire
L’Edition 2019 du Fespaco se consacre très largement, cette année, aux courts métrages, aux documentaires, aux séries télé, aux films d’animation, ainsi que ceux produits par les écoles africaines de cinéma. Soit un total de 165 films sélectionnés, précisent les organisateurs.
Cette édition anniversaire, placée sous le thème «la mémoire et l’avenir», se veut également l’occasion d’un retour aux «fondamentaux du festival», a fait savoir, à l’AFP, le délégué général du Fespaco Adiouma Soma. Il précise que le festival organiserait des projections ambulantes dans les quartiers populaires d’Ouagadougou «afin que le public puisse suivre le maximum de films et que les cinéastes puissent véritablement aller à la rencontre de leur public».
Le Fespaco, créé en 1969, s’impose rapidement comme la principale manifestation internationale pour les professionnels du septième art africain et de sa diaspora. Les organisateurs s’attendant pour cette édition à la venue de 100 000 spectateurs, lors des 450 projections programmées dans neuf salles de cinéma de la capitale burkinabè. Le festival conviant par ailleurs près de 4 500 professionnels au Marché international du cinéma et de la télévision africains, une Bourse de programmes audiovisuels africains et sur l’Afrique, organisé en marge de la manifestation artistique.<

Ouaga sous pression sécuritaire

Le Fespaco se tient cette année sous tension, avec la crainte d’une nouvelle attaque djihadiste. Les habitants de Ouagadougou restent marqués par trois attaques en trois ans contre la capitale, de 2016 à 2018, ayant fait au total près de 60 morts, rapporte l’AFP. Deux de ces attaques ont visé particulièrement des hôtels et restaurants fréquentés par des Occidentaux.
Depuis qu’elles ont débuté, il y a quatre ans, les attaques islamistes au Burkina sont d’intensité croissante. Depuis début décembre, une quinzaine ont été perpétrées, visant les régions du nord et de l’est du pays, tuant 80 personnes, civils et membres des forces de l’ordre. Ces dernières semblent impuissantes à enrayer ce déferlement de violences. Soucieux de rassurer public et professionnels sur la sécurité de la seule manifestation de rayonnement mondial de ce pays sahélien très pauvre, le ministre burkinabè de la Culture, Abdoul Karim Sango, a assuré que «le gouvernement prendra toutes les dispositions nécessaires ».
Ainsi, 2 000 membres des forces de sécurité ont été mobilisés, a annoncé, jeudi dernier, le commissaire Joseph Toni, président de la commission sécurité du Fespaco, pour des patrouilles jour et nuit. «La surveillance des hôtels, des lieux de manifestations, des salles de cinéma», où des «contrôles rigoureux et des fouilles systématiques seront effectués» rassure-t-il.