Depuis samedi dernier, plusieurs marchés de proximité de la capitale ont été fermés. Les autorités locales en ont décidé ainsi par mesure de prévention face à la recrudescence de nouveaux cas ces derniers jours sur tout le territoire de la wilaya d’Alger. Certes, c’est une mesure qui s’imposait, tant ces espaces de commerce à ciel ouvert sont devenus des lieux propices à la contamination au virus de la Covid-19, mais, ce qui paraît tout à fait paradoxal, c’est qu’aux abords de quelques marchés fermés une kyrielle de marchands ambulants a pris place créant un marché extramural des enceintes officielles. En clair, des vendeurs ont investi la chaussée jouxtant les marchés fermés. Ce laisser-faire rend donc la mesure de fermeture des marchés de proximité quasi-nulle. Il faut croire que les vendeurs ambulants de ces lieux ont voulu ainsi saisir l’occasion de cette mesure pour entrer en scène, sachant pertinemment que les clients seront nombreux. C’est d’ailleurs ce que nous avons pu observer lors de notre virée près de certains marchés de la capitale. Sur les lieux, des citoyens nous ont affirmé à notre grande surprise que les vendeurs ambulants leur rendent un grand service. «Il faut bien que l’on s’approvisionne en produits frais», nous dira Mustapha, enseignant à la retraite. Un autre abonde dans le même sens : «Personne ne sait quand est-ce que les marchés fermés vont rouvrir, alors il faut bien que l’on se ravitaille tout en prenant, bien sûr, des précautions comme porter des bavettes.» Non sans nous rappeler que l’Aïd a ses spécificités d’achat auprès des ménages, il estime que «la réouverture des marchés est utile, mais avec des mesures plus strictes de protection au virus Covid-19». Du côté des vendeurs à la sauvette, on dit rendre service au consommateur. «Nous prenons la relève aux abords des marchés de proximité», nous a rapporté l’un deux, dont la camionnette regorge de tomates et de piments doux. Mais c’est surtout l’aveu de Kaddour qui nous a étonnés. En effet, ce dernier nous a révélé qu’il occupe un carré au marché de Bachdjarah depuis une vingtaine d’années, où il vend des fruits de saison et des bananes, «mais ne voyant pas de sitôt reprendre mon activité au niveau de mon carré, il ne me restait plus comme solution que de me convertir en vendeur ambulant», tout en espérant rejoindre son carré dans les plus brefs délais. «Car avec ma camionnette qui me serre d’étal, mon chiffre de vente se retrouve réduit contrairement à celui que je peux réaliser sur mon carré». Il nous fera part du cas de son cousin, qui vend dans le même marché la viande blanche. «Il n’a pas eu d’autres alternatives à l’annonce de la fermeture du marché que de jeter à la poubelle tout le reste de viande blanche et par poulet entier», nous a rapporté Kaddour. Non sans préciser dans la foulée : «Contrairement aux vendeurs de viande rouge qui ont pu à temps trouver des débouchés, ceux de la volaille ont subi des pertes financières importantes». Sur ce volet, le président de la filière avicole (viande blanche) Kali Mourad, approché par Reporters, hier, nous a témoigné que les vendeurs de volailles établis dans les marchés de la capitale traversent une période difficile. «Ce qui a eu un impact négatif en amont de la filière, c’est-à-dire au niveau des batteries d’élevage par l’effet d’une demande sur le marché en baisse», nous a expliqué le président de la filière. Ce responsable a tenu également à nous faire savoir que «les éleveurs et les détaillants sont dans l’attente de voir passer l’Aïd, période où la demande de consommation de poulet baisse fortement, pour reprendre du service». «Mais cela ne reste pas évident pour les patrons d’étals dans les marchés de proximité dans le cas où les mesures de fermeture venaient à se prolonger», redoute enfin Kali Mourad.
Pour l’heure, il faut croire que la décision de rouvrir les marchés de proximité va dépendre de la baisse du niveau de la contamination au virus Covid-19.