L’accès des femmes au travail est un indicateur du progrès réalisé en matière d’égalité hommes-femmes dans notre pays. De plus en plus d’Algériennes, diplômées de l’université ou non, parviennent chaque année à trouver un emploi dans les différents secteurs d’activité et même dans ceux qu’on présentait jusqu’à présent comme des professions « masculines ».
Le chiffre avancé hier par l’agence de l’emploi, Anem, indique à propos de l’accès des femmes à l’emploi une évolution ascendante, leur insertion en 2019 a dépassé les 14% du total des placements enregistrés. Il y a de quoi susciter de l’enthousiasme mais pas trop, car on sait que d’après les statistiques de l’Agence nationale de l’emploi, beaucoup de femmes rejoignent le monde du labeur via des contrats « aidés » ou par l’intermédiaire de contrats à durée déterminée. Autrement dit, sous le sceau du temporaire et dans une précarité que le contexte socioéconomique actuel dans le pays peut faire survenir à tout moment. Beaucoup d’entre elles sont employées dans des secteurs « dédiés » – et ce n’est pas une vertu dans ce cas-là- tels que les services ou l’artisanat qui affichent la plus grande performance -19, 5% en matière de recrutement et en ce qui concerne la seule année 2019. Ceci, alors que le chômage des femmes affiche les taux les plus importants, 20% selon les statistiques de l’Anem. De ce point, il y a encore de sérieux efforts à faire, en particulier en direction des femmes diplômées des universités et de celles qui, sortent, des filières qui n’ont que peu d’adéquation avec le marché national du travail et de ses capacités d’absorption.
Comme il y a une sérieuse réflexion à engager pour une action future sur les difficultés d’emploi des femmes qui ne résident pas dans les grandes villes, le pays profond, en plus de ses résistances culturelles, n’offre que peu d’opportunités alors qu’il est au cœur des problématiques de développement économique et socioéconomique. Il suffit de se rendre dans certaines régions du pays pour se rendre compte de l’écart considérable, souvent ahurissant, qui sépare les Algériennes des grandes et moyennes villes -quand celles-ci n’abritent des îlots de résistance à leur émancipation- et les Algériennes qui habitent dans les petites villes et dans les campagnes.
Ce fossé, au-delà des considérations économiques et socio-économiques, pose des questions sur l’égalité des Algériens et des Algériennes en droits ainsi que sur les fractures politiques et sociales qu’il sous-tend par son existence. Celles-ci son terrifiantes d’existence et de conséquences. Certainement qu’elles expliquent en partie pourquoi des femmes sortent aujourd’hui en nombre pour revendiquer un projet démocratique et de libertés pour l’Algérie.