Le chef du gouvernement libyen d’entente nationale (GNA) Fayez Al-Sarraj devrait arriver demain à Alger pour une visite qui s’inscrit dans le cadre des efforts afin de trouver une solution politique libyenne et faire progresser le curseur au-delà des litiges entre acteurs internes.

Sur ce dossier libyen, l’Algérie s’inscrit irrémédiablement dans une posture claire : celle de la nécessité d’une solution politique à la crise. Et le refus de l’intervention étrangère qui ne ferait que compliquer une situation déjà assez alambiquée sur le terrain. Le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia avait rappelé à cet égard que seule la solution politique pourrait garantir la stabilité de la Libye. La venue d’Al-Sarraj à Alger intervient au moment où des efforts sont entrepris afin de faire converger les deux tendances actuellement en vue sur la scène libyenne, à savoir le chef du Gouvernement d’union nationale (GNA) et le maréchal Khalifa Haftar qui contrôle l’est du pays. L’Algérie qui a soutenu le gouvernement de l’union nationale en Libye, reconnu par la communauté internationale, tout en discutant avec le maréchal Khalifa Haftar à Alger veut à l’évidence éviter une situation de clivage qui pourrait fragiliser davantage un pays qui a basculé dans l’instabilité depuis l’intervention de l’Otan.
L’Accord de Skhirat, signé par les différentes parties libyennes en décembre 2015 a été considéré par Alger comme étant la seule alternative à la crise, même s’il est nécessaire, avait souligné le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, de le mettre à jour. Cet accord visait à mettre fin à l’état de division dans le pays et la formation d’un gouvernement d’unité nationale. Sauf que cet accord n’a pas reçu l’aval du Parlement de Tobrouk, qui exige aujourd’hui de revoir plusieurs points dans le document avant toute mise en application. La question des islamistes en Libye reste également un point en suspens, du moins pour ceux qui contrôlent militairement certaines régions de Libye. L’approche d’Alger consiste à résoudre la situation en Libye en travaillant sur une solution politique impliquant tous les groupes armés. A l’exception évidente de ceux considérés comme terroristes par l’Onu.

Seule l’option politique …
L’Algérie considère que les Libyens peuvent résoudre par eux-mêmes leurs différends et s’installer sérieusement dans une mise en œuvre de l’accord politique en question. Pour Alger le retour du pays vers la voie du dialogue et de la réconciliation nationale ainsi que l’accélération du processus du retour de la paix et de la stabilité en Libye sont possibles voire inévitables. Messahel avait réitéré la position de l’Algérie sur cette question d’importance : continuer à soutenir toutes les parties libyennes dans le cadre du dialogue global et de la réconciliation nationale. Alger a également participé à des réunions des pays voisins de la Libye et à des rencontres tripartites (Algérie-Tunisie-Égypte) confortant le postulat selon lequel les voisins directs sont plus à même de comprendre, voire aider à résoudre l’imbroglio libyen. Rejetant l’intervention étrangère en Libye Messahel a, à maintes reprises, réitéré la position de l’Algérie sur cette question, une posture invariable depuis le début du conflit en 2011. La position de l’Algérie trouve écho du côté des Nation unies. L’émissaire du secrétaire général de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, plaide pour la tenue d’élections générales en 2018, selon un processus similaire à celui de la Tunisie. Pour lui, bâtir l’avenir en Libye ne se fera pas avec les armes. Salamé recommande sa feuille de route : «Premièrement, il faut une Constitution, deuxièmement il faut des élections libres et justes, et troisièmement il faut une réconciliation nationale dans une société éclatée». Le haut fonctionnaire international dit vouloir réunifier les institutions de Libye comme la banque centrale scindée entre la branche d’Al-Baïda dans l’Est contrôlé par Khalifa Haftar et la branche de Tripoli à l’ouest dominé par le gouvernement de Fayez Al-Sarraj. Pour le médiateur onusien qui affirme être «prêt à discuter avec tous les Libyens sans exception «, y compris avec les anciens «kadhafistes» ou même les «royalistes», l’option politique est primordiale. Si les acteurs locaux refusent de se parler toute élection ne sera qu’une opération sans garantie, «une aventure sans lendemain».