Par Nadir Kadi
Le Directeur général de l’Institut Pasteur, le professeur Fawzi Derrar, a appelé hier l’ensemble de la population «de plus de 18 ans» à se faire vacciner contre le virus Covid-19. Le responsable, qui joint ainsi sa voix aux appels du gouvernement, espère arriver dans les meilleurs délais à un «minimum de 50%» de couverture vaccinale «notamment dans les grandes villes». Et en ce sens, le Directeur général de l’Institut Pasteur a déclaré sur les ondes de la Radio nationale : «La vaccination est actuellement la seule solution (…) et le seul outil efficace à notre disposition aujourd’hui». Le responsable, pour qui «il faut vacciner le plus possible et dans les meilleurs délais», a par ailleurs rassuré quant à l’efficacité des vaccins disponibles contre les nouveaux variants : «On savait, d’après l’OMS, qu’il fallait plus de 60%, voire 75%, de la population vaccinée pour avoir une immunité collective, mais avec l’apparition de nouveaux variants, il faudra vacciner davantage.» Fawzi Derrar, qui a réagi hier aux dernières «mesures sanitaires» décidées par le gouvernement, a estimé que ce nouvel horaire du couvre-feu aura un effet positif, bien qu’il reste vague dans son estimation du délai nécessaire : «… Le confinement, la vaccination en hausse et la prise de conscience de la population vont entraîner une amélioration de la situation dans les prochaines semaines.» Avançant entre les lignes que l’idée est d’arriver à une rentrée administrative dans de bonnes conditions, la question d’une vaccination obligatoire serait toutefois prématurée : «On a vu ce qui s’est passé dans plusieurs pays après qu’ils aient à rendre la vaccination obligatoire», déclare Fawzi Derrar. Mais la population montre également des signes d’adhésion à la vaccination : «Je pense que les campagnes de sensibilisation donnent leurs fruits, la population afflue de plus en plus pour la vaccination (…) Les gens constatent par eux-mêmes que la situation est très critique.»
Quant à la question de la disponibilité des doses de vaccin, elle ne serait aujourd’hui plus un «problème». «La vaccination est bien lancée (…) et nous avons au minimum 5 millions de doses par mois avec le partenaire chinois». Le vaccin Sinovac montrerait déjà un taux d’efficacité «de 60% contre les formes symptomatiques de la maladie» et un taux «qui peut arriver à 100% dans certains cas contre les formes graves de la maladie». Il a révélé que les réserves de vaccin étaient aujourd’hui suffisantes : «A l’heure actuelle, nous avons reçu près de 8 millions de doses. Elles sont en cours d’utilisation, vu que nous avons dépassé les 2,5 millions de vaccinations». Plusieurs sources d’approvisionnement seraient en action, notamment le mécanisme Covax ou le partenaire russe : «Nous pouvons avoir plus de 5 millions de doses par mois (…) Il n’y a pas de problème pour la vaccination, je dis notamment cela à l’attention des médias.»

5 millions de doses par mois
Responsable de l’Institut Pasteur qui a également tenté, hier, de «calmer» les discours alarmistes à propos des variants. Fawzi Derrar pour qui «beaucoup a été dit à propos des variants, il faut toujours revenir à la science pour avoir une information exacte». Il explique en substance que l’apparition est la prédominance de variants plus contagieux est un phénomène logique. Une constatation qui est faite partout dans le monde et, notamment en Algérie, par l’Institut Pasteur lui-même : «En juin dernier, quand est apparu le variant Delta en Algérie, il représentait 2,5% des cas (…) et depuis le 15 juillet, nous constatons dans les séquençages qu’il est dominant avec 71% des virus en circulation.» Dans ce sens, décrivant le processus naturel de sélection des virus, Fawzi Derrar ajoute : «Aujourd’hui, la souche originelle a disparu, tout comme le variant nigérian qui est en train de s’effacer (…) Nous estimons que dans les prochaines semaines, le Delta sera à 90% et le variant Alpha (britannique) disparaîtra.»
Ajoutant en substance que cette succession de variants est un phénomène naturel, le variant apparut en Inde (dit Delta) ne serait pas plus grave ou mortel que les précédentes souches : «Je veux bien faire comprendre qu’il n’y a rien qui indique que le variant Delta est plus dangereux ou plus mortel que le variant Alpha. Il n’y a rien qui va en ce sens dans sa structure génétique (…) Cependant, il a une plus forte capacité de propagation (…) et c’est pour cela qu’il y a plus de cas et de personnes hospitalisées. Ces chiffres sont à mettre en parallèle avec la plus forte diffusion du virus, c’est un simple calcul mathématique.» Et cette même logique s’applique en ce qui concerne le lien entre l’augmentation supposée du risque de crises cardiaques et le variant Delta : «Nous savons depuis la souche originelle de Wuhan que le virus peut entraîner des cas de crises cardiaques, des troubles neurologiques, des atteintes aux systèmes respiratoires… Mais si ces cas augmentent, ce n’est pas à cause du virus en lui-même, mais à cause de sa plus grande diffusion du virus.» <