L’Onu, en manque d’argent, n’a pas pu enquêter cette année sur les violations et crimes commis en Libye, pays déchiré par des luttes fratricides depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Ce n’est pas la volonté qui manque: en juin, le Conseil des droits de l’homme de l’Onu a adopté sans vote et avec l’appui de la Libye une résolution demandant l’envoi dans le pays d’une «mission d’enquête» chargée de documenter les exactions qui y sont commises depuis 2016 par toutes les parties. Ces experts, nommés en août par les Nations unies, devaient mener à bien leurs travaux pendant un an et présenter un rapport en mars 2021. Mais l’Onu traverse actuellement une grave crise de liquidités car de nombreux pays n’ont pas payé leur quote-part annuelle, et n’est pas en mesure de faire face à toutes les missions qui lui sont demandées. Ne perdant pas espoir de pouvoir enquêter, le Conseil des droits de l’homme a décidé mardi de reporter à 2021 la mise en oeuvre de près d’une quinzaine de ses résolutions, dont celle sur la Libye. Grâce à cette bouée de sauvetage, les enquêteurs disposent désormais de quelques mois de plus – jusqu’à septembre 2021 – pour rendre leur rapport. En espérant que d’ici là, le secrétariat de l’Onu reçoive assez de fonds. Depuis la chute du dictateur Mouammar Kadhafi en 2011, le pays pétrolier est en proie à des conflits et à des luttes d’influence où les violations des droits humains sont souvent passées sous silence. En juin, l’Onu avait toutefois exprimé son «horreur» après des informations sur la découverte de charniers dans une région tombée aux mains des forces progouvernementales. Deux autorités se disputent le pouvoir en Libye: le Gouvernement d’union nationale (GNA, reconnu par l’Onu) dans l’Ouest, basé dans la capitale Tripoli, et le puissant maréchal Khalifa Haftar dans l’Est.