Reporters : Quelle µappréciation avez-vous aujourd’hui des collectifs et associations de parents d’élèves dans le pays ?
Fatiha Bacha : En Algérie, le mouvement associatif des parents d’élèves est très timide alors que le terrain sur lequel il est censé intervenir et marquer sa présence est très vaste. Normalement, nous devrions avoir une association dans chaque établissement, malheureusement ce n’est pas le cas, alors que l’action associative en milieu scolaire est très utile, voire indispensable, dans la mesure où les parents, quand ils sont regroupés au nom de l’intérêt des élèves, leurs enfants, sont un partenaire social de premier ordre, qui peuvent intervenir à tous les niveaux pour défendre les intérêts matériels et moraux des enfants scolarisés et, partant, de l’établissement que ces derniers fréquentent.

Vous dites que les associations de parents d’élèves ne sont pas aussi nombreuses qu’elles devraient l’être alors que leur rôle est important face aux problèmes et difficultés recensés au niveau des établissements de l’Education nationale. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Il y a un manque d’engagement qu’on constate chez beaucoup de parents, comme il y a un sentiment de méfiance de certains responsables d’établissement scolaire vis-à-vis des associations. Il faut donc œuvrer à ce qu’il y ait plus d’engagement des uns et plus d’ouverture des autres dans l’intérêt des élèves algériens et dans l’intérêt des responsables et des enseignants. Face aux problèmes et aux préoccupations auxquels ont fait face, le
défi, donc est de créer des associations de parents d’élèves dans
chaque établissement scolaire. C’est d’autant plus souhaitable que c’est un droit constitutionnel, dont la loi de 2014 a permis d’alléger le dossier de créations d’associations du type de celles qui permettent aux parents d’élèves de se constituer en groupes de défense des intérêts des élèves et prendre part à la vie et aux activités des établissements, loin de toutes considérations politiques.

A combien évaluez-vous le nombre d’établissements n’ayant pas d’association de parents d’élèves ?
Nous comptons plus de 60% d’établissements scolaires qui n’ont pas d’associations de parents d’élèves alors qu’elles sont très utiles, comme je l’ai dit, en tant que soutien aux responsables et aux enseignants face aux difficultés qu’ils rencontrent. Cette réalité constitue une grande inquiétude pour l’Association nationale des parents d’élèves (ANPE).

Quelles sont ces difficultés ?
La surcharge des classes. Nous avons des établissements qui dépassent les 1 500 élèves au niveau de la wilaya d’Alger, par exemple. Nous enregistrons également un manque d’enseignants dans de nombreux établissements dans des matières essentielles alors que la rentrée scolaire a eu lieu il y a deux mois. Cette situation met les parents dans un état de malaise permanent.
Parmi les difficultés, il y a également le nombre important de nouveaux établissements scolaires qui n’ont pas été encore réceptionnés. Par ailleurs, nous avons demandé la réhabilitation des établissements scolaires depuis des années car, nous avons recensé de nombreuses infrastructures qui sont dans un état pitoyable. Je porte à votre connaissance que les préoccupations et les difficultés de l’association ne datent pas d’aujourd’hui… Nous assistons pratiquement aux mêmes problèmes depuis plus de dix ans. Là, je peux vous dire que nous n’avons pas évolué. Nous n’avons pas trouvé de solutions à nos problèmes.

Dernièrement, un enfant a trouvé la mort après l’effondrement d’un mur dans un établissement scolaire à Sétif. Avez-vous envisagé de mener des actions pour dénoncer ou mettre fin à ce genre d’accident ?
Nous rencontrons des problèmes certes, mais quand on arrive à une situation où un enfant perd la vie dans son école, cela devient inadmissible. Nous n’acceptons pas que les enfants soient en danger en milieu scolaire.
Il est primordial de travailler sur la question de la sécurité à l’école, qui doit être un lieu sûr, calme et apaisant pour l’enfant, pas le contraire. Parmi les droits fondamentaux de l’élève, la sécurité. Chaque bureau de notre association va se réunir pour faire le point et, pour ce qui concerne le drame de Bouandas près de Sétif, nous sommes
en train d’œuvrer pour que les responsabilités soient identifiées et traitées.n