«Bombshell : The Hedy Lamarr Story», le nouveau documentaire qui sera diffusé, en mai prochain, sur la chaîne PBS, en anglais, révèle que la beauté sensuelle de l’actrice Hedy Lamarr, jadis proclamée «plus belle femme du monde », a éclipsé ses prouesses de scientifiques, dont une invention a aidé à révolutionner la communication moderne.

Hedy Lamarr est surtout connue pour avoir fait scandale avec des scènes dénudées dans les années 1930 pour le célèbre film « Ektase ». La déesse du grand écran aux cheveux de jais, morte au tournant du millénaire à 86 ans, a écrit dans ses mémoires que « n’importe quelle fille peut être séduisante, il faut juste rester sans bouger et avoir l’air stupide», rapporte l’AFP. Lamarr n’a jamais parlé publiquement de sa vie en dehors des films, et sa famille pensait que son histoire était morte avec elle, jusqu’à la découverte, en 2016, par l’ancien journaliste du magazine Forbes, Fleming Meeks, de plusieurs cassettes d’un entretien datant de 1990, où elle parle de sa vie. «Les gens se font l’idée que je suis une chose stupide. Je n’ai jamais su que j’étais jolie pour commencer, parce que ma mère voulait un garçon qu’elle aurait appelé George », raconte-t-elle. « Peut-être que je viens d’une autre planète, qui sait ? Mais, quoi qu’il en soit, les inventions, c’est facile pour moi».

D’«Ekstase» à la technique des «sauts de fréquence»
L’invention, qui aura le plus marqué le monde moderne, sans qu’elle n’en reçoive les honneurs, est la technique des « sauts de fréquence », appelée communément technique du spectre, créée conjointement avec le pianiste George Antheil. En 1940, les sous-marins allemands torpillent des bateaux qui essaient de s’enfuir. Hedy Lamarr imagine alors une technique pour guider les torpilles par radio, sans que la fréquence ne puisse être interceptée. Si un émetteur et un récepteur radio changent de fréquence au même moment, il devient impossible pour l’ennemi nazi de les brouiller.
Par hasard, à un dîner, elle rencontre George Anthell, qui partage le même élan créatif. Ils développent ensemble le projet et déposent le brevet en 1942. Vingt ans plus tard, l’invention entre dans le domaine public. Alors que cette technologie est utilisée aujourd’hui pour les télécommunications, les communications des navettes spatiales avec le sol, le Bluetooth, le GPS et même le Wifi, Hedy Lamarr n’a jamais touché un centime et peu d’honneur pour sa découverte. Parmi ses inventions, le documentaire dévoile aussi qu’Hedy Lamarr a également aidé Howard Hughes à créer une structure plus aérodynamique pour les ailes d’avion.

Une vie trépidante exultant le corps et l’esprit
Née Hedwig Eva Maria Kiesler à Vienne en 1913, elle est remarquée par un réalisateur autrichien lorsqu’elle était adolescente. Elle acquiert une renommée mondiale après avoir tourné dans le film tchèque de 1933, « Ekstase», une des premières approches de l’érotisme au cinéma. On l’y voit seins nus et simulant un orgasme, ce qui fit scandale. Le pape Pie XI critique le film, Hitler l’interdit et les scènes polémiques ont été expurgées de la plupart des versions européennes et américaines. Elle épouse le millionnaire de l’armement Fritz Mandl, se retrouvant à recevoir de grands dirigeants d’entreprise, des artistes ou des hommes politiques dont Hitler, lui-même. Mais lassée de son rôle d’épouse décorative, elle s’enfuit pour Paris, Londres, puis Hollywood. Elle a du mal à obtenir des rôles importants, même si elle est célèbre pour avoir refusé celui d’Ingrid Bergman dans « Casablanca ». Elle se retrouve alors abonnée aux rôles de tentatrice dans des films comme « Casbah » (1938) ou « La dame des tropiques ». Dans « Samson et Dalila » (1949) de Cecil B. DeMille, Hedy Lamarr joue la femme fatale la plus célèbre du monde et connaît son plus grand succès au box-office. Décrite comme difficile sur les plateaux, sa carrière plonge ensuite rapidement et une tentative pour la relancer avec la publication d’une autobiographie, en 1966, reste vaine. Au fil des années, la brune aux yeux clairs s’est mariée et a divorcé six fois. Très grande séductrice, la liste des hommes avec lesquelles elle a eu des aventures est impressionnante : Howard Hugues, John Kennedy, Robert Capa, Marlon Brandon, Errol Flynn, Orson Welles, Charlie Chaplin, Billy Wilder, Otto Preminger, James Stewart, Spencer Tracy, peut-être Clark Gable et Jean-Pierre Aumont. Elle a finalement été honorée en 1997 comme inventeuse, recevant un prix de la Fondation américaine Electronic Frontier pour sa contribution à la société. Elle est morte dans le dénuement le plus total d’une défaillance cardiaque en janvier 2000.