Le professeur en psychiatrie Farid Kacha sera présent samedi 23 octobre à la libraire Point-virgule à Chéraga pour la présentation de son dernier livre paru aux Editions Koukou et un débat qui sera suivi d’une vente-dédicace.

Par Lyes Sakhi
«Parole de psychiatre», c’est le titre de l’ouvrage, sort trois ans après celui qu’il a publié en 2018 sur l’hypnose chez Casbah Editions. On peut le considérer comme une suite du travail d’idées et de pédagogie que son auteur accomplit et défend depuis un certain nombre d’années en dehors du cercle médical et scientifique, au profit du grand public, sur la psychiatrie et la santé d’une manière générale en Algérie. Il le présente toutefois comme une trace écrite des questions qui l’ont préoccupé durant le premier confinement imposé par la Covid-19.
De cette expérience d’enfermement commandé par la crise sanitaire, le professeur Kacha en a tiré, pour ses lecteurs, une réflexion centrée en grande partie sur son métier de médecin psychiatre, qu’il enseigne et pratique depuis plus de cinquante ans ; depuis l’époque de la fin de la parenthèse coloniale – où il fallait pour les pionniers de la discipline comme lui tout commencer de zéro après le départ massif en 1962 de psychiatres français forgés pour la plupart dans l’idéologie colonialiste – jusqu’à aujourd’hui où le débat sur la santé mentale est rendu plus aigu par rapport aux grands bouleversements que connait la société algérienne, les pathologies qui y apparaissent, et par rapport aux politiques des pouvoirs publics déjà appliquées ou en cours d’élaboration.
Une longue durée, donc, qu’il examine et interroge avec la tranquillité de la confidence et du souvenir des années où, tout jeune médecin parmi ceux qui allaient porter sur les fonts baptismaux la psychiatrie algérienne, il côtoyait ses pères fondateurs ; à commencer par le professeur Khaled Benmiloud auquel il rend un vibrant hommage, semblable à celui qu’il destine au grand Frantz Fanon, mais aussi à tous ceux qui, comme le professeur Mahfoud Boucebci et d’autres, ont lancé sui generis les premiers services de soins psychiatriques post-indépendance après des formations à l’hôpital Bel Air de Genève notamment aux côtés du célèbre Julian de Ajuriaguerra (disparu en mars 1993) dont il salue l’apport novateur qui concevait la psychiatrie moderne d’abord comme une «écoute de la souffrance de l’homme»
Les anecdotes dans cette partie du livre y sont nombreuses, savoureuses et, parfois, étonnantes quand on apprend que les professeurs Benmiloud et Boucebci ne s’entendaient pas et le faisaient savoir à la corporation. Elles font surtout œuvre de mémoire et d’appel à l’écriture de l’histoire de la psychiatrie algérienne, qu’il dit refuser de faire par manque de distance et de neutralité (ce qui est dans son cas un très mauvais argument sur lequel on espère qu’il reviendra) mais auquel il exhorte ses confrères en position de le faire de s’y atteler. Des historiens professionnels qui voudraient s’intéresser à l’histoire de la médecine et à la discipline de la psychiatrie en particulier pourraient tout aussi bien s’attaquer à ce chantier important à réaliser. Il l’est d’autant plus que la psychiatrie algérienne – c’est un détail – s’est souvent trouvé mêlée à la politique sous ses différentes formes. Le professeur Kacha, il le raconte dans «Parole de psychiatre», a fait partie de l’équipe médicale qui a pris en charge les otages américains à Téhéran en 1980 en pleine révolution khomeyniste. Il a également été membre de la commission en charge de l’expertise psychiatrique de Lembarek Boumaarafi, l’assassin du président Mohamed Boudiaf. D’ici que cela se fasse, le professeur Kacha appelle également à l’élaboration d’un «livre blanc» sur la santé mentale dans notre pays, pour faire le point sur les acquis et pour offrir un cadre de débat et de propositions susceptibles d’accompagner le gouvernement dans l’élaboration de sa politique de santé mentale. En citant quelques-unes de ses propres expériences de praticiens en charge de personnes souffrantes, il ouvre des pistes de discussion intéressantes comme celle où il invite à débattre sur la place du privé en soins psychiatriques, à discuter de la nécessité de structures spécialisées dans la prise en charge des addictions et des nouvelles formes de toxicomanie, à repenser la formation des médecins et des psychologues ainsi que la relation de la psychiatrie avec les autres sciences médicales, mais aussi avec les sciences sociales telles la psychologie, la sociologie, l’anthropologie…
D’accès facile, «Parole de psychiatre» est d’une lecture précieuse pour tous ceux qui savent que la médecine, la psychiatrie, ne sont pas qu’une affaire de soignants et de «techniciens» ou de «politiques». C’est un débat de société.

«Parole de psychiatre», Farid Kacha. Editions Koukou, 234 pages, 2021. Prix : 1 000 DA