Dans cet entretien, cet expert montre qu’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer le climat des affaires en Algérie. Une révolution mentale est nécessaire, dit-il, comme il est impératif de réviser le régime de change qui reste fort contraignant.

Reporters : Que pensez-vous du nouveau dispositif institutionnel en matière d’investissement ?
Farid Bourennani : Je considère qu’il est dommage que tout soit cristallisé sur une loi sur l’investissement. L’investissement ne se décrète pas. C’est l’affaire de l’entreprise. La promulgation de loi sur l’investissement se fait dans les pays en voie développement. Maintenant que c’est promulgué, je regrette que cela ait pris autant de temps. Certains opérateurs sont satisfaits de la finalisation de ce code, d’autres sont déçus. On aurait pu se passer de tout ça.

Faut-il supprimer le Conseil national de l’investissement, une structure qui figure toujours dans le nouvel encadrement de l’investissement en Algérie ?
Le Conseil national de l’investissement en sa forme actuelle ? La réponse est plutôt oui. Ce n’est pas une question de seuil. Si un investisseur comme Google vient en Algérie, il aurait en face de lui les autorités au plus haut niveau pour pouvoir discuter des aménagements. Cela se passe ainsi, lorsque Toyota veut investir dans un pays où il n’y a pas de code d’investissement, il a en face de lui les plus hautes autorités qui discutent avec lui des modalités de son investissement. Le Conseil national de l’investissement, sous sa forme structurelle, doit donc être supprimé.

Un nouveau code de l’investissement attractif est-il une condition nécessaire pour l’amélioration du climat des affaires ?
On n’investit pas dans un pays parce qu’il a un code de l’investissement attractif, on investit parce qu’il y a des perspectives d’affaires importantes dans ce pays, un potentiel, une rentabilité des capitaux investis, un bon marché intérieur, des facteurs compétitifs, tels que le coût du travail. Il s’agit d’avoir un produit, une productivité qui permette de concurrencer ce qui se fait ailleurs. C’est cet ensemble d’éléments qui encourage l’entrepreneur à investir dans un pays. Ce n’est pas parce qu’un pays est sûr que la sécurité est établie qu’il doit forcément aller, il peut aller dans un pays où la sécurité n’est pas établie mais où il est attiré par les perspectives de rendement, de marché… En soit, le code de l’investissement seul n’est pas un élément déclencheur. Les investisseurs ne viennent pas parce que vous avez un bon code de l’investissement, sinon ce serait la course aux codes de l’investissement. Chacun surenchérit sur l’autre et ainsi de suite. Il ne faut pas se mettre dans ce cas de figure. Qu’il y ait des zones franches, oui, parce que les activités le commandent. Avant tout, le besoin doit émaner des entreprises.

Que reste-t-il à faire pour améliorer le climat des affaires en Algérie ?
Si on pense à l’international, il faut s’ouvrir linguistiquement. Il faut s’ouvrir mentalement. Il faut être plus accueillant. Il faut des écoles ouvertes sur le monde. Lorsqu’un investisseur arrive, il ne vient pas tout seul, il n’envoie pas seulement son argent. Il ne doit pas vivre en marge de la société, mais en plein dans la société. La société doit être totalement ouverte à l’extérieur. Et il y a les aspects juridiques, la permanence des règles. Lorsqu’un investisseur a signé un contrat dans des conditions que l’autre partie signataire a acceptées, ces conditions ne doivent pas changer par la suite. L’investisseur doit pouvoir signer un document qui le rassure de ce point de vue.

Faut-il aller impérativement vers plus de flexibilité en matière de régime de change et un système bancaire modernisé ?
S’il faut attendre la réforme des banques pour attirer les capitaux des investisseurs, cela risque, malheureusement, de prendre du temps. Clairement, il faut faire avec. Il faut faire nécessairement l’inverse de ce qui se fait aujourd’hui, c’est-à-dire les restrictions sur les importations. Quand je gagne un dinar, je dois en avoir un usage libre. Lorsque j’exporte et je gagne des euros, qui me sont versés au titre de ses exportations, ces euros doivent être librement utilisables. On ne doit pas faire de particularisme dans l’utilisation des avoirs monétaires. Il faut avoir confiance en sa capacité de créer des richesses.

Le retour à la confiance reste-t-il primordial ?
La confiance ne se décrète pas. Par contre, elle se perd très vite. Force est de constater que nous sommes dans un climat de méfiance, de défiance des investisseurs par rapport aux pouvoirs publics. Les mesures qui doivent restaurer la confiance doivent être décidées au plus haut et exécutées par les walis, les agences publiques. Il faut débureaucratiser, limiter le pouvoir des pouvoirs publics dans l’acte économique.