Sans nouvelle depuis 14 ans de leurs enfants présumés détenus en Tunisie, les parents des migrants lancent un appel au chef de l’Etat pour faire la lumière sur cette affaire à rebondissement.

Par Sihem Bounabi
Les familles des 39 harraga disparus depuis 2008, et qui seraient détenus en Tunisie, lancent un appel au président de la République Abdelmadjid Tebboune pour faire la lumière sur cette affaire qui a connu un nouveau rebondissement, choquant et douloureux pour les familles, vendredi dernier, au tribunal d’El Kef, en Tunisie.
En effet, les familles des harraga, qui avaient reçu des convocations officielles afin qu’elles se présentent au tribunal de première instance d’El Kef en Tunisie, pour assister au procès de leurs enfants, disparus depuis près de 14 ans, prévu le 15 avril dernier, ont été choquées d’apprendre, une fois sur place, que c’était «une erreur». Avec comme excuses que les convocations concernaient des audiences uniquement avec les familles des disparus pour s’enquérir des raisons qui les amènent à croire que leurs enfants sont détenus en Tunisie.
Suite à cela, les 39 familles des harraga algériens ont décidé, dès leur retour en Algérie, de saisir les avocats et les autorités concernées ainsi que le magistrat suprême de la nation, Abdelmadjid Tebboune, afin de connaître le sort de leurs enfants disparus depuis 2008 sur les côtes tunisiennes. Cet appel intervient suite à la déception douloureuse des familles qui pensaient voir le bout du tunnel et revoir leurs enfants après 14 ans de bataille pour faire la lumière sur leur disparition.
Nadia Chemami, une des mamans qui bataillent depuis 14 ans pour revoir son fils, dont elle est persuadé qu’il est détenu dans les prisons tunisiennes, nous a confié hier le choc terrible qu’elle et les autres familles ont ressenti, vendredi dernier. Et s’insurgeant contre le fait que cette convocation soit une «erreur», «c’est impossible que ce soit une erreur, il s’agit d’une correspondance officielle, cachetée et signée, adressée à 39 familles, résidant dans différentes wilayas, dont Alger, Annaba et Skikda».
Et d’enchaîner : «Comment est-ce que l’on peut dire que c’est une erreur quand c’est une convocation avec le sceau de l’Etat. Peut-être que l’on peut faire une erreur sur un document, mais pas sur 39 documents officiels de la République ?» Elle ajoute que ce n’est pas normal que «des familles, qui souffrent douloureusement de la disparition de leurs enfants, depuis 14 ans, et attendant impatiemment ce moment tant espéré de revoir enfin nos enfants, se sont déplacées avec la joie au cœur en plein mois de Ramadan pour qu’à la fin la juge nous dise que c’est une erreur, en argumentant que c’est une convocation pour une audience d’auditions et non pas de procès, c’est révoltant !»
Nadia Chemami nous confie que la consternation des familles était d’autant plus grande que cet argument ne tenait pas la route, puisque la juge avait déjà aussi auditionné les 38 familles. «On lui remet un dossier complet avec des photos, des preuves et des témoignages que nous avons recueillis sur le fait que nos enfants sont emprisonnés en Tunisie, ainsi que les noms des avocats qui sont chargés de l’affaire. Ce n’est pas normal qu’à la dernière minute, le motif de la convocation change sous prétexte que c’était pour auditionner les familles. C’est vraiment un argument douteux».
La maman est persuadée que son fils se trouve dans une prison tunisienne, affirmant qu’elle lui avait parlé au téléphone une quinzaine de jours après sa disparition. Son fils lui a dit qu’il était en prison suite à son arrestation par les garde-côtes tunisiens. Elle explique également que «c’est la première fois qu’il ont un courriel officiel où il est écrit noir sur blanc que les Algériens allaient passer en justice suite à leur arrestation par les Gardes-côtes tunisiens». Enchaînant que «pour la première fois, nous avons un document officiel qui disait que nos enfants sont vivants et que l’on pouvait enfin les voir. Malheureusement, c’était une joie de courte durée et nous sommes encore plus tristes et en colère».
Elle estime que «ce n’était pas une erreur, mais que dans un premier temps, une partie avait voulu clore ce dossier pour lequel ils se sont battus à travers des sit-in et une mobilisation des associations. Mais au dernier moment, il y a eu une intervention d’une autre partie inconnue pour bloquer à nouveau ce dossier et pour que nos enfants ne soient pas présentés au Tribunal», a-t-elle lâché sous le coup de la colère.
Finalement, la mère éplorée, mais déterminée à trouver des solutions pour revoir son enfant, à l’instar des quarante familles qui se battent sans répit depuis 14 ans, a lancé un appel au chef de l’Etat. Affirmant que «le seul qui peut avoir la clef de cette affaire, c’est le président de la République. Cela fait des années que nous bataillons pour nos enfants, le président Tebboune a le pouvoir de faire la lumière sur cette histoire.
On comprend que la justice doit suivre son cours, mais cela fait 14 ans ! Tout ce que l’on demande c’est de connaître le sort de nos enfants et d’avoir le droit de les voir».