Par Bouzid Chalabi
Désastre à grande échelle dans les communes situées sur les hauteurs de la wilaya de Tizi Ouzou suite aux immenses feux de forêt de ces derniers jours. C’est une vérité de terrain indéniable dès lors où les populations locales, dont la seule ressource relève de leur agriculture de montagne, ont tout perdu entre batteries d’élevages, ruches et notamment oliviers. Il leur sera très difficile de se relever à moins d’une aide urgente et conséquente. Sur ce dernier point, le professeur en économie Brahim Guendouzi, et en connaissance de cause car vivant proche des communes sinistrées, estime que seul «un plan spécial» pourrait remettre sur rail l’activité dans ces régions. Ce dernier, approché hier par Reporters, s’est dit également «très inquiet compte tenu de l’ampleur du désastre».
En effet, selon cet économiste, les gens se retrouvent du jour au lendemain sans espoir de renouer avec leurs activités vivrières. Je ne vois pas comment ils vont pouvoir se relever à moins que le gouvernement décide d’un plan spécial qui puisse leur venir en aide dans l’immédiat. D’autant plus qu’il ne s’agit plus d’indemniser les populations dont le seul revenu provient de leur agriculture de montagne mais de les assister dans la durée, car le retour à l’activité ne nécessite pas seulement de l’argent mais aussi du temps». Précisant dans la foulée : «Ce sont surtout des familles dont le seul revenu provient de leurs champs d’oliviers, qui sont les plus impactés, car les oliviers affectés par les flammes ne sont pas près de donner leurs fruits de sitôt. Il faudra au minimum deux ou trois ans pour que leur cycle végétatif redémarre. C’est pourquoi jusqu’à cette échéance, les familles concernées auront besoin d’une entrée d’argent que seul un plan spécial de soutien pourra assurer.» Autres gens très impactés, les apiculteurs. Vivant de leur production de miel, ils ont assisté à la carbonisation de toutes leurs ruches, se retrouvant sans ressources pour une longue période. «C’est pour dire que les apiculteurs sont eux aussi à genoux et seul un soutien prolongé jusqu’à la réinstallation de ruches et leur entrée en production peut leur redonner espoir de renouer avec l’activité dont ils dépendent exclusivement», évoque enfin notre vis-à-vis.
Concernant le volet indemnisation des pertes occasionnées par les feux de forêt, les sinistrés ont été rassurés par les pouvoirs publics qu’ils allaient être dédommagés. «Mais à quelle hauteur et quand ?» Une question qui revient souvent dans les communes où l’agriculture de montagne représente plus de 75% de leurs activités et donc elles attendent une réponse au plus vite après la décision du Président de la République prise hier d’octroyer une allocation financière de 1 million de dinars à chacune des familles victimes des incendies.
Pour revenir à la question d’indemnisation des familles qui ont perdu l’unique source de subsistance, un seul élément de réponse recueilli par Reporters auprès du Conseil national des assurances (CNA) : «Il s’agira avant tout d’établir une évaluation.» Dans cette optique, le chargé de la communication de la CNA nous a révélé que des équipes d’experts en évaluation des pertes sont à pied d’œuvre sur le terrain. «Ce n’est qu’après un recensement général des pertes qu’un bilan sera établi. Ce qui va demander un peu de temps avant que des décisions soient prises sur les taux d’indemnisations à appliquer», a conclu le responsable auprès du CNA.
A propos des bilans des pertes, il importe de savoir qu’un inventaire «sommaire» a été établi par la Direction des services agricoles (DSA) de la wilaya de Tizi-Ouzou, comme rapporté dans notre édition d’hier. On peut déceler facilement que les feux de forêt ont ravagé des centaines d’hectares d’arbres rustiques, oliviers, grenadiers et amandiers.
Selon le premier responsable de la DSA repris par l’APS, un recensement réel des dégâts a commencé ce dimanche avec la sortie sur le terrain de commissions mixtes composées de cadres et d’experts de la DSA, de la Caisse régionale de mutualité agricole (CRMA) et d’experts d’autres wilayas dépêchés, samedi, à Tizi-Ouzou au titre de mesures prises par le Gouvernement, pour évaluer les dégâts «et ainsi entamer l’indemnisation des sinistrés», a-t-il souligné.
Rappelons enfin que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné la création d’un fonds spécial d’indemnisation des sinistrés des feux de forêt qui prendra en charge leurs préoccupations le «plus tôt possible». n