Avec 500 000 emplois perdus en 2020, le coût social de la crise pandémique s’aggrave…

Par Hakim Ould Mohamed
Le directeur de recherche, délégué national aux risques majeurs auprès du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales et de l’Aménagement du Territoire, Hamid Afra, a estimé, samedi, à 500.000 emplois directs perdus sous l’effet du choc pandémique provoqué par la propagation du coronavirus depuis mars 2020. Les chiffres n’englobent pas, bien entendu, les pertes dans les circuits informels de l’économie, puisque ceux-ci échappent aux radars des statistiques officielles du gouvernement. Mais il ne s’agit, là, que de la face visible de la catastrophe sanitaire, dont les conséquences seraient plus effrayantes que ce qui est annoncé jusqu’ici par les canaux officiels. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, El Hachemi Djaâboub, avait déjà planté le décor, à deux reprises, en levant une partie du voile sur les dégâts occasionnés par le Covid-19 et le ralentissement de l’activité économique sur l’emploi. Rien que dans la filière automobile, les pertes d’emplois ont été évaluées à 51.000 postes durant le précédent exercice seulement, alors que les problèmes que subit cette filière industrielle remontent à au moins deux années. Auditionné récemment par la Commission de la santé, des affaires sociales, du travail et de la solidarité nationale du Conseil de la Nation, El Hachemi Djaâboub était encore allé plus loin dans son exercice de statisticien, indiquant que les offres d’emplois ont baissé de 30% en 2020 comparativement à 2019, passant de 437.000 offres à 306.000. Les offres d’emplois recensées courant 2020 provenaient essentiellement des secteurs de la construction, des services et de l’industrie. Selon le ministre du Travail, 80% de ces offres provenaient du secteur privé. Pis, il avait reconnu à la même occasion qu’il n’y a pas eu création d’emplois en 2020, mais plutôt une destruction d’emplois.
Le secteur du BTPH, un des plus affectés par les mesures de lutte contre la diffusion du coronavirus, ainsi que par la baisse de la commande publique, s’est transformé en cimetière pour entreprises en faillite ; lesquelles étaient de 4000, envoyant environ 300.000 salariés au chômage, avait alerté l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA). Cette situation était plus au moins prévisible, compte tenu, d’abord, de la violence du choc provoqué par la pandémie et, ensuite, par les retards accusés en matière de réponse à la crise et les difficultés d’accès aux mesures de soutien et de sauvegarde mis en place par le gouvernement. Le confinement et autres mesures de restriction autant pour les personnes que pour les entreprises ont eu un effet néfaste sur le marché de l’emploi. Celui-ci pâtissait déjà des conséquences du ralentissement économique observé en 2019.
Plusieurs secteurs, dont celui des hydrocarbures, exception faite de l’Agriculture, enregistraient d’importantes baisses d’activité en 2019 et au 1er trimestre 2020, avant même que la crise due au coronavirus ne s’installe dans le pays. Les chiffres sur les faillites et les pertes d’emplois ne sont que provisoires. Mais ce premier panorama dresse déjà un tableau vertigineux sur le marché du travail. Selon certaines estimations, les pertes d’emplois dues à la secousse pandémique et au ralentissement économique de 2019 équivaudraient au taux du chômage et au nombre de personnes se retrouvant sans emploi à fin décembre 2019. C’est-à-dire qu’il y aurait entre 1,2 et 1,4 millions d’emplois perdus sur les deux années 2019-2020, ce qu’équivaudrait au nombre des chômeurs à fin 2019, soit 1,4 personnes sans emplois, représentant un taux de chômage de 11,4%. C’est énorme. Surtout pour un pays comme l’Algérie, dont l’économie dépend essentiellement du secteur des hydrocarbures, lequel avait enregistré une chute vertigineuse de sa croissance en 2019 et début 2020, entrainant les secteurs hors hydrocarbures dans cette baisse, car dépendant des financements publics. La Banque mondiale a conclu que l’Algérie aura besoin d’une croissance annuelle de 6 à 7% pour absorber le chômage des jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Or, le retour de la croissance est tributaire de plusieurs facteurs, dont les ressources financières, la dynamisation des créations d’entreprises, la débureaucratisation de l’investissement, la révision des lois… n