Le contenu religieux égyptien et saoudien, disponible sur les réseaux sociaux, est devenu la première référence religieuse pour les jeunes Algériens qui sont de plus en plus nombreux à suivre les pages et les comptes des entités religieuses étrangères, fortement présentes sur Facebook et Twitter, comme l’ont clairement souligné deux récentes études publiées le mois dernier par l’Agence de communication Interfacemedias et le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC).

Conscient des dangers qui décollent de la dépendance des jeunes algériens au contenu religieux étranger, le ministre des Affaires religieuses et des Waqf Mohamed Aïssa a exhorté, jeudi, les imams à investir massivement les réseaux sociaux dans l’espoir de reconquérir le terrain perdu. Bien qu’important, ce réveil des pouvoirs publics vient après que les entités étrangères soient devenues la première source de fatwas et d’autres informations religieuses pour les jeunes Algériens qui se comptent par millions sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, qui compte au 31 janvier dernier, 31 millions de comptes algériens actifs. Aujourd’hui, il est plus facile de cibler les jeunes via les réseaux sociaux que n’importe quel autre moyen de communication.
Instruire les imams de créer des pages pour leurs mosquées constitue une prise de conscience et un pas en avant dans l’adaptation au monde digital. Toutefois, l’appel du ministre reste insuffisant en l’absence d’une stratégie nationale de déploiement sur les réseaux sociaux. En effet, l’appel de Mohamed Aïssa n’aura de sens que s’il est accompagné d’une série de mesures urgentes. Il s’agit essentiellement de doter les entités religieuses nationales d’équipes spécialisées en nouvelles technologies d’information et de communication, d’intensifier la production du contenu religieux adapté aux besoins des nouvelles générations, de faire le point régulièrement sur les tendances religieuses des Algériens sur les réseaux sociaux et autres. Pour ce faire, il sera nécessaire, voire inévitable, de faire appel aux agences spécialisées dans la production et la promotion du contenu sur les réseaux sociaux. A titre d’exemple, la page Facebook du prédicateur égyptien Amr Khaled est gérée par une armée de professionnels. Toutes les publications placées sur cette page, qui compte plus de cinq millions de fans algériens, sont traitées par une équipe de techniciens spécialisées. Les pouvoirs publics sont également appelés à dégager des budgets pour faire la promotion du contenu religieux algérien sur les réseaux sociaux. Une promotion qui doit cibler aussi bien les Algériens connectés aux réseaux sociaux que le reste des internautes intéressés par la production religieuse sur le net.
La conquête des réseaux sociaux exige également des efforts en matière de connexion des mosquées des zaouias au réseau d’Internet. L’imam du quartier ou du village ne pourra pas communiquer avec son entourage s’il ne dispose pas d’une connexion avec un bon débit. Un programme spécial pour raccorder toutes les instances religieuses du pays au réseau de la fibre optique dans les zones urbaines et la 4G fixe dans les zones rurales et montagneuses est indispensable pour faire la promotion du contenu religieux algérien sur les réseaux sociaux et libérer la jeunesse algérienne de sa forte dépendance des références étrangères. Une dépendance qui constitue un danger pour la stabilité du pays comme le démontre le rôle troublant joué par la chaîne satellitaire saoudienne Iqra lors des évènements tragiques qu’a vécus la wilaya de Ghardaïa en 2013 et 2014.
Pour rappel, l’étude d’Interfacemedias, intitulée « tendance religieuse des Algériens sur Facebook », a révélé que les douze premières pages Facebook de contenu religieux que suivent les Algériens sur les réseaux sociaux sont étrangères. Ciblant un échantillon de 5 077 jeunes d’Oran et de Ghardaïa, l’étude du CRASC a démontré que la plupart des moins de 35 ans puisent leurs connaissances religieuses d’Internet et des chaînes satellitaires.