Malgré les mesures monétaires et prudentielles de la Banque d’Algérie, se rapportant essentiellement à la baisse du taux des réserves obligatoires pour libérer la liquidité et relancer les crédits à l’économie, les liquidités bancaires ont chuté de 1 100,8 milliards de dinars à fin 2019 à 632,3 milliards de dinars à fin 2020. Les crédits à l’économie n’ont évolué que de 3,05% en 2020, contre 8,84% en 2019, ce qui fait dire à certains économistes que la politique monétaire a montré ses limites et que le retour à la planche à billets serait inévitable.

La Banque d’Algérie (BA) a appelé, dimanche, les banques et établissements financiers à transposer sur le terrain les mesures d’appui qu’elle a initiées à l’effet de contenir l’impact de la crise de la Covid-19 sur l’économie nationale. L’institution a mis en garde à la même occasion contre tout manquement à l’application de ces mesures. Mais à l’origine du mécontentement affiché par la banque centrale, certains établissement bancaires, plutôt que de libérer la liquidité et l’accès aux crédits au profit des entreprises, appliquaient pénalités de retard sur le paiement des échéances de crédit. Cette attitude observée chez certaines banques de la place était motivée par le souci d’augmenter leur revenu et de parer, à l’avenir, à une situation de hausse des créances irrécouvrables. Des saisi-arrêts ont été ainsi émis par certaines banques à l’encontre des entreprises, dont la trésorerie était sérieusement mise à mal par le choc pandémique. Cette attitude va à l’encontre des mesures prises par la banque centrale qui, pour permettre aux entreprises d’accéder aux crédits bancaires, avait pris des mesures monétaires au bénéfice des banques, à l’instar de la baisse du taux des réserves obligatoires et la dispense de quelques établissements de l’obligation de constituer un «coussin de sécurité, leur permettant de libérer plus de liquidités. Cependant, une année après, force est de constater que les mesures monétaires et prudentielle prises par la banque centrale étaient de faible effet sur le niveau de liquidité ainsi que sur l’évolution des crédits à l’économie. En effet, malgré les mesures destinées à libérer la liquidité, se rapportant essentiellement à la baisse du taux des réserves obligatoires des banques ; celui-ci passant de 10 à 2% sur une année, ainsi qu’aux seuils de refinancement des titres publics et la durée de refinancement, le niveau de liquidité n’a pas cessé de s’éroder courant 2020. Dans sa dernière note de conjoncture, la Banque d’Algérie a indiqué que la liquidité globale a chuté à 461,8 milliards de dinars à fin septembre 2020, contre 1 100,8 milliards de dinars à fin 2019. Le niveau de liquidité bancaire s’est légèrement amélioré en fin d’exercice, à 632,3 milliards de dinars, sans pour autant retrouver ses niveaux de 2019. Le léger rebond de la liquidité bancaire au quatrième trimestre de 2020 n’a pas enrayé la baisse des crédits à l’économie ; ceux-ci n’ont évolué que de 3,05% en 2020, contre 8,84% en 2019. Ils sont essentiellement accordés par les banques publiques. Cette situation, contenue dans la dernière note de conjoncture de la banque centrale, ne plaide aucunement en faveur d’une reprise rapide de la croissance, étant donné que celle-ci se fera inévitablement par les ressources bancaires et le crédit. Or, ces deux paramètres s’embourbent dans un canal baissier ininterrompu, réduisant la force de frappe financière au profit de l’économie. Ce pourquoi la banque centrale n’a pas hésité de proférer des menaces à l’adresse des banques n’appliquant pas ses mesures monétaires et prudentielle destinées à réduire l’impact du choc pandémique sur l’économie et les entreprises. Cependant, certains économistes évoquent clairement les limites des mesures prises par la banque centrale dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources, la hausse des quantités d’argent circulant hors banques et la remise à plus tard des réformes du système bancaire et financiers. Le retour à la planche à billets s’annonce comme inévitable après l’échec des mesures monétaires destinées à libérer la liquidité bancaire. D’ailleurs, la liquidité bancaire a fortement augmenté suite aux tirages effectués par la Banque d’Algérie au profit du trésor et diminué après la suspension desdits tirages et l’injection des derniers reliquats de la planche à billets. Il y a comme un retour à la case départ, c’est-à-dire à la période 2016-2017 durant laquelle la banque centrale a expérimenté l’ensemble des outils de la politique monétaire avant de prendre option en faveur de la planche à billets.