Le rapport de la cour des comptes note les faibles performances économiques et financières du secteur public hors Sonatrach, Saidal, Gica, Cosider, Serport et Madar. En l’occurrence, les capitaux investis par l’Etat dans le secteur public s’élèvent à 3 168 milliards à fin 2018. Alors que le secteur public n’a rapporté au Trésor au titre des dividendes que 18 milliards de dinars au cours de cette année, hors secteurs de l’énergie et des banques et assurances.

Par Khaled Remouche
La Cour des comptes vient de rendre public son rapport annuel 2022 après avoir été transmis au premier magistrat du pays. Le texte de plus de 500 pages épingle, dans une partie des plus importantes du rapport, le secteur public économique dit secteur public marchand (SPM). Son portefeuille comprend, notons-le, 33 groupes d’entreprises et 11 entreprises non affiliées qui emploient au total entre 600 000 et 700 000 salariés. Faible rentabilité financière, surendettement, faible contribution au PIB, lacunes dans le dispositif de gouvernance et de suivi du secteur public économique, mauvaise gestion des entreprises publiques, faible circulation de l’information sur les EPE, difficultés dans la mise en oeuvre des plans de développement, autant de dysfonctionnements qui interpellent le gouvernement.
En bref, le document note les faibles performances économiques et financières des entreprises publiques hors Sonatrach, Saidal, Cosider, Serport, Madar. C’est ce qui ressort de ce nouveau rapport qui montre, résultat des courses, un grand gaspillage de l’argent public. Précisément au 31 décembre 2018 où les actifs du secteur public marchand étaient de l’ordre de 23 378 milliards de dinars et les capitaux propres à hauteur de 10 800 milliards de dinars. Les assainissements financiers allant de 2003 au premier trimestre 2019 ont atteint 1 903 milliards de dinars tandis que les capitaux injectés par l’Etat dans les plans de développement de ces entreprises se sont chiffrés au 31 mars 2020 à 1 397 milliards de dinars. Les capitaux investis par l’Etat dans ces groupes, eux, se chiffrent à fin 2018 à 3 168 milliards de dinars (cumul). Les dividendes récoltés, en revanche, s’élèvent à seulement 250 milliards de dinars dont 150 milliards de dinars par Sonatrach et 81 milliards de dinars par les banques et assurances, les autres groupes publics qui composent le secteur public marchand ne rapportent que 18 milliards de dinars. Ce qui dénote une faible rentabilité financière du secteur public économique hors Sonatrach, banques et assurances.
Quant à la valeur ajoutée du secteur public marchand, il s’élève à 5 243 milliards de dinars, soit à 25,88% du PIB. Mais hors secteur de l’énergie et banques, la valeur ajoutée du secteur public marchand au PIB du pays n’est que de 3%. Le rapport note également un surendettement des entreprises publiques. «Les actifs en valeurs nettes du SPM au 31 décembre 2018 à hauteur de 22 378 milliards de dinars sont financés à hauteur de 52% par les dettes soit 11 578 milliards dont 8 369 milliards de dinars relèvent de Sonatrach et Sonelgaz.»
Le rapport relève, en outre, que 18 groupes hors ces deux derniers groupes ont un taux d’endettement de 70% et 24 groupes un taux d’endettement de 60%. Selon l’Ecofie, au 31 décembre 2017, l’endettement des EPE représentait 2 350 milliards de dinars soit 187% des capitaux propres de ces groupes. Ce qui fait planer le spectre de l’incapacité de ces groupes à rembourser leur dette.
1 903 milliards de dinars d’assainissements et 1 397 milliards de dinars injectés
Quant aux difficultés de mise en oeuvre des plans de développement (PLD), le rapport relève que «les estimations financières et techniques des besoins de certains EPE ont été préparées dans la précipitation, sans études préliminaires et sans recours à l’expertise nationale et internationale. Ce qui a conduit les entreprises à se retrouver avec des sur-investissements ou bien des équipements de haute technologie sans disposer de qualification pour les faire fonctionner, une sous-exploitation des capacités de production de ces entreprises».
Cette situation a été accentuée par des difficultés d’accès à ce type de formation. Les entreprises, souligne le document, ont de façon générale investi sans améliorer les méthodes et systèmes de gestion. La consommation des crédits pour l’investissement n’est pas en reste. En l’occurrence, la consommation des crédits à la formation s’est élevée à 6 milliards de dinars, ce qui représente 27 % des crédits consacrés à ce volet dans les plans de développement des EPE !
La Cour des comptes recommande, en conclusion, le partenariat et l’ouverture du capital des entreprises publiques non stratégiques. L’Etat ne devra, en un mot, ne s’occuper que des entreprises publiques stratégiques. <