Le recul de la population quant à l’adhésion à la vaccination conjugué au relâchement quasi-général pourrait augurer d’une recrudescence de la pandémie de Covid-19 dans le pays. C’est l’avis des spécialistes qui, même s’ils estiment que, pour l’heure, la situation épidémiologique est «inquiétante mais pas alarmante», ne redoutent pas moins de voir un changement de cap au vu de plusieurs indicateurs de cette maladie.

PAR INES DALI
«La situation épidémiologique de la Covid-19 en Algérie est actuellement inquiétante mais pas alarmante. Elle peut s’empirer ou se stabiliser», selon le Professeur Amar Tebaïbia, président de la Société algérienne de médecine interne (SAMI). «Par tous les critères que nous pouvons avoir, à la fois formels et informels, la situation actuelle prête à beaucoup de préoccupations si ce n’est pas d’inquiétudes», a estimé, pour sa part, le Pr Mohamed Belhocine, responsable de la cellule d’investigations et des enquêtes épidémiologiques. Les indicateurs qui perdurent depuis plusieurs semaines peuvent donner un aperçu sur ce que pourrait être la tendance la plus plausible s’il n’y a pas une amélioration de la situation actuelle et si les facteurs qui en sont à l’origine persistent.
La moyenne des contaminations se situe à 350 cas par jour, avec des bilans quotidiens le plus souvent plus proche de la barre des 400 cas, et ce, depuis plusieurs semaines. Le nombre de cas en soins intensifs frôle et dépasse souvent les 30 cas par jour traduisant que les cas graves de la maladie de Covid-19 nécessitant une réanimation sont en constante hausse. Quant au nombre de décès, il a quasiment doublé après être resté plusieurs mois sous la barre des 5 cas par jour. C’est en se basant sur ces indicateurs que les professionnels de la santé donnent des pronostics. «Cette reprise des contaminations est due au non-respect des mesures préventives contre le coronavirus, notamment le port du masque qui fait défaut, suite à la levée du confinement dans la majorité des régions du pays», a expliqué le Pr Tebaïbia, qui est également chef de médecine interne à l’établissement hospitalier d’El Biar (Alger), rejoignant, ainsi, les avis de nombreux autres spécialistes de la santé qui se sont prononcés sur la situation épidémiologique.

Le nombre de cas de Covid-19 est sous-estimé
Ces derniers ont, par ailleurs, expliqué, à de nombreuses reprises, que le nombre de cas confirmés de coronavirus annoncés dans le bilan quotidien émis par le ministère de la Santé ne sont que les cas diagnostiqués aux tests RT/PCR et ne reflètent pas tous les cas dont le nombre est sous-estimé. «La plupart des cas de Covid-19 échappent au contrôle car ils sont asymptomatiques. Ils sont dans la nature» et peuvent contaminer les personnes de leur entourage (familles, amis, collègues, voisins, etc.), a alerté le Pr Rachid Belhadj, responsable des activités médicales et paramédicales au Centre hospitalo-universitaire Mustapha-Bacha. Autre donnée à prendre en considération, c’est le nombre de tests antigéniques qui n’est pas comptabilisé dans les bilans quotidiens, alors que bon nombre de médecins les utilisent.
L’appréciation de la situation sanitaire due au Covid-19 par le Pr Belhocine va également dans ce sens. «Je pense que le nombre de cas annoncés tous les jours est une sous-estimation de la réalité, pour plusieurs raisons. Premièrement, tous les cas ne vont pas à l’hôpital. Deuxièmement, les cas qui vont dans le secteur privé ne sont pas comptabilisés. Troisièmement, on reste sur le critère de la RT/PCR pour comptabiliser les nouveaux cas, alors que nous avons aussi les tests antigéniques qui sont susceptibles de révéler les cas», a-t-il affirmé dans un entretien à TSA. «Ce qui veut dire que le nombre de nouveaux cas que nous avons est une estimation, certes très utile, mais qui ne doit pas nous rassurer outre mesure parce que la réalité des faits est au-dessus de ce chiffre», a-t-il ajouté, non sans regretter que «les rappels à l’ordre» face au non-respect des gestes barrières «ont disparu».
Même estimation du côté du Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie. «Les médecins privilégient actuellement les tests antigéniques. Or, les antigéniques positifs ne sont pas comptabilisés dans les statistiques quotidiennes. Il faudrait multiplier au moins par 3 le chiffre quotidien pour s’approcher de la réalité», a-t-il déclaré à la Radio nationale. Appelant à une prise de conscience individuelle et collective, le Pr Belhocine a souligné qu’«il faut que tout un chacun y mette du sien si on ne veut pas avoir une flambée qui peut être véritablement plus douloureuse que les flambées précédentes». Cette situation qui ne prête guère à l’optimisme peut, toutefois, être contrée par la vaccination qui reste, actuellement, «le seul moyen de lutte contre la pandémie de coronavirus», mais qui est boudée, par endroits, par la population. «L’importance du vaccin réside dans le fait qu’il permet de réduire les risques de contamination» et «dans le cas où une personne attrape le virus, cela lui permet de ne pas développer une forme grave de la maladie», font observer les médecins.

Gare au variant Delta !
Ils continuent d’insister sur la vaccination, notamment pour les personnes âgées et les malades chroniques, surtout que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a alerté, vendredi, que le l’Afrique est frappée par une 3e vague «brutale» de coronavirus, qui met sous pression des hôpitaux en manque de moyens et déjà éprouvés. Mais pas seulement. Des pays qui ont largement avancé dans la vaccination se sont vus contraints de revenir au reconfinement, surtout après avoir enregistré une très forte hausse des contaminations au variant Delta (appellation choisie par l’OMS pour le variant indien). C’est le cas de la Grande-Bretagne qui est revenue à des restrictions après avoir atteint un taux de vaccination de 80%, en raison de la propagation du variant Delta. En France, ce même variant a récemment fait 6 décès. En fait, le variant Delta est en train de faire monter les chiffres dans beaucoup de pays à travers le monde. Or le variant Delta est détecté en Algérie qui enregistre un faible taux de vaccination. Comment s’en sortir alors si les tous les ingrédients sont réunis pour déboucher sur situation épidémique que tout le monde redoute et personne ne souhaite dans le pays, et ce, au moment où des indiscrétions font état de la levée de l’obligation du confinement de cinq jours pour les voyageurs arrivant en Algérie ? «Ce qui est absolument certain, c’est que les décès provoqués par le variant Delta surviennent en très grande majorité, pour ne pas dire presque exclusivement, chez les sujets non vaccinés. Ce qui veut dire que la vaccination protège contre les décès dus à la maladie, y compris lorsqu’on est atteint par le nouveau variant Delta», a fait savoir le Pr Belhocine. «Lorsqu’on est vacciné, on développe des formes bénignes du Covid-19», a indiqué également le Pr Djenouhat. Ainsi, la vaccination et les gestes barrières restent, pour l’heure, les meilleurs moyens de se protéger contre le nouveau coronavirus qui, selon toute vraisemblance, n’a pas encore dit son dernier mot.