Les facultés de pharmacie et de chirurgie dentaire continuent de faire l’actualité à l’université. La décision de leurs étudiants de poursuivre la grève qu’ils mènent déjà depuis plusieurs semaines est un signe que la crise est profonde et qu’il faut s’en alarmer davantage et plus que ne le fait actuellement le gouvernement à travers le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

Pourquoi ? Ce que dit Tahar Hadjar depuis plusieurs jours, et ce qu’il a répété jeudi dernier devant les parlementaires de l’APN sortante sur la prise en charge par son gouvernement des problèmes des étudiants des facultés grévistes, reste évasif et flou. Cet avis est celui de députés interrogés avant-hier sur la prestation du ministre et qui souhaitent que le gouvernement communique davantage sur les assurances fournies par le Premier ministre Abdelmalek Sellal aux étudiants en colère. Leur opinion comme leur demande de clarification sont des plus intelligibles et des plus raisonnables dès lors que les étudiants en colère ont décidé de poursuivre leur mouvement de protestation alors que le second semestre pédagogique est entamé et qu’il reste trois mois, tout au plus, avant les examens. Il y a dans leur réaction, donc, une réelle défiance à l’égard des assurances et des promesses de l’Exécutif et un empressement à régler leurs ennuis d’autant plus compréhensible qu’on est en période pré-électorale, propice aux belles promesses et aux engagements qui peuvent être oubliés quand les urnes seront fermées…
Il n’est pas question d’affirmer ici que les déclarations de Tahar Hadjar sont sans contenu – c’est aux étudiants de pharmarcie et de chirurgie dentaire d’en décider à travers les actions qu’ils prendront les jours prochains – mais d’insister sur la nécessité pour le ministre comme pour son gouvernement de s’inquiéter du devenir de l’université.
Il y a quelques décennies, on considérait que les problèmes et les difficultés que rencontraient les facultés des sciences humaines et sociales étaient gérables et qu’on pouvait les résoudre. Au vu du sinistre qu’elles connaissent aujourd’hui – surcharge d’effectifs, formation et diplôme au rabais quand ce ne sont pas les enseignants qui sont eux-mêmes démissionnaires, on peut constater que ce n’est pas le cas. Pis : le mal gagne aujourd’hui des filières qui semblaient il y a quelques années encore intouchables et étanches à la médiocrité… Avec de gros risques sur la qualité des futurs cadres et la capacité des élites de demain à prendre par elles-mêmes le destin du pays… Si on continue à nier le marasme qui mine aujourd’hui le milieu universitaire, c’est que l’esprit de désertion et du je-m’en-foutisme nous a sérieusement vaincus.