La question de l’héritage dans la société kabyle et l’exhérédation de la femme a été au cœur d’un premier colloque national organisé mardi par la faculté des sciences humaines et sociales de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou (UMMTO).

Cette exhérédation a fait son irruption et s’est enracinée dans la société kabyle empêchant les femmes de leur droit à la succession. Une question qui, soulignent à l’unanimité les intervenants au cours de la rencontre «n’a pas reçu la part qu’elle mérite en matière de recherches et d’études et qui a été longtemps ignorée par la communauté scientifique». La rencontre a été l’occasion pour les différents intervenants de s’interroger sur les raisons du basculement de la société kabyle d’un esprit tolérant, accordant le droit de succession aux femmes à un autre régi par la Loi salique qui leur interdit tout droit de succession et d’héritage. Et ce, malgré «la clarté du texte coranique sur la question». «Les causes derrière l’exhérédation des femmes est un sujet à traiter avec précaution au vu de la complexité de la vie autochtone d’alors», souligne l’universitaire Mezhora Salhi, de l’UMMTO, citant, à ce propos, «les conditions liées à la géographie, à la densité des populations et à la faiblesse des surfaces agricoles utiles», d’où la nécessité d’éviter le morcellement des terres par les héritages successifs. Abondant dans le même sens, Hayat Guenfissi, de l’université de Béjaïa, relève qu’à travers toute l’histoire de la constate, «on relève que les conflits qui alimentent la vie villageoise sont des luttes pour le contrôle du sol qui est un enjeu capital, car il permet la pérennité du groupe dans une aire où le sol constitue l’unique source de vie». Par ailleurs, regrettent les différents intervenants au cours de la rencontre, l’absence de supports écrits rend compliqué le traitement de la question et de l’existence de cette loi. «Il n’y a qu’un seul texte rédigé en langues arabe et française qui témoigne d’une décision prise suite à une stratégie bien élaborée par les hommes sages et les marabouts des villages, dont le contenu est publié dans de rares livres qui osent soulever le voile sur cette réalité», soutient Mme Guenfissi. Une réalité, poursuit-elle, qui a donné lieu à «l’existence de deux versions véhiculées par la mémoire collective» pour justifier la prise de cette décision. La première affirme qu’elle est «le résultat de l’émigration des hommes pour raison de guerre avec l’Espagne, et, donc, de la crainte du transfert de la propriété familiale à d’autres groupes. Et la deuxième version soutient qu’elle émane de la sage décision des femmes de céder leur part pour éviter le morcellement et préserver les biens de chaque famille», souligne-t-elle. Enfin, et faisant le parallèle avec la situation de la femme dans la société kabyle d’aujourd’hui, Hayat Guenfissi note que «ni la période du colonialisme ni l’Indépendance, encore moins les autres facteurs d’ouverture n’ont pu extraire la société kabyle de l’influence de ces traditions saliques, dont la femme reste victime».