PAR BOUZID CHALABI
Après les pénuries d’huile de table, de lait conditionné ou en sachet et la tentative d’augmenter le prix de la baguette de pain ordinaire, le citoyen lambda craint fort que la liste ne s’allonge encore plus. Comme il a fini par prendre au sérieux l’éventualité d’une hausse prochaine des prix sur de nombreux produits de consommation. C’est pour dire que le moral des Algériens vient d’être ébranlé sérieusement et face à cet état de fait, des interrogations s’imposent.
Il faut dire de prime abord que la flambée sans précédent des prix des produits alimentaires, enregistrée tout au long de l’année écoulée, marquée également par des cycles de pénurie drastique sur le marché, a mis à rude épreuve des pans entiers de la population. A telle enseigne qu’il sera dorénavant difficile de convaincre l’Algérien de ne pas croire ce qui se radote sur les réseaux sociaux, à savoir d’autres pénuries sont prévues et un renchérissement des prix à la consommation. Du coup, il est en droit de demander du concret de la part des pouvoirs publics, car, jusqu’ici, tout ce qui a été entrepris pour annihiler les pénuries et freiner la hausse des prix n’a pas eu l’effet escompté.
L’huile de table rare pour diverses raisons
Si jusqu’ici on a pointé du doigt la spéculation, qui serait à l’origine des pénuries récurrentes et, par ricochet, la flambée des prix, ce qui a incité les plus hautes autorités du pays à décréter tout un arsenal juridique afin de dissuader quiconque de tenter des actions spéculatives, cela n’a pas empêché de se retrouver avec une énième pénurie comme celle de l’huile de table actuellement. On peut en déduire qu’il existe une ou d’autres raisons qui sont à l’origine de cette pénurie. Parmi elles, celle livrée par le Premier ministre Aïmen Benabderrahmane qui a, en effet, affirmé tout récemment à la presse que «la tension actuelle sur l’huile de table est due principalement à une perturbation dans la distribution». Précisant en outre dans ce sens : «Cette perturbation résulte des procédures et formalités accomplies par certaines usines de production vers la fin de chaque année, telle que l’opération d’inventaire, qui entraîne une baisse de rythme de la distribution.» Comme il a assuré à la même occasion que «les choses reviendront à la normale durant les prochains jours».
Cependant, selon des sources concordantes, si les producteurs se sont engagés à produire plus d’huile «il n’en demeure pas moins qu’ils ont interpellé le ministre du Commerce pour que l’écart entre le prix de revient du litre d’huile et son prix administré soit honoré dans les délais comme convenu, car supporté par l’Etat, afin de fixer le prix à la consommation». Notre source indique : «Devant la surenchère des cours du soja à l’international et les dévaluations répétées du dinar, les producteurs plaident pour une révision de leur prix sortie d’usine. Mais pour cela, il faudrait que les prix du détail le soient. Une hypothèse que le gouvernement exclut pour l’instant». En somme, «il serait impératif que le gouvernement trouve le mécanisme idoine pour ne pas trop léser les producteurs et maintenir les prix du détail en l’état actuel», suggère notre source.

Tension sur les produits laitiers et dérivés
Les producteurs de lait conditionné à base de poudre de lait ont eu, enfin, gain de cause après que leur autorisation d’importation a été gelée depuis septembre dernier. Mais toujours est-il, qu’en dépit de la levée de la suspension des importations de la matière première, ce n’est pas demain la veille que les chaînes de production vont démarrer. «Il faudra au moins 45 jours, car c’est le délai minimum dans le processus d’importation», a-t-on appris.
Ce qui veut dire, la rareté sur les étals du détail va durer. Cela dit, les opérateurs concernés estiment que «ce sont les conséquences d’une décision irréfléchie ou du moins prise à la va-vite. Pis encore, le ministère de tutelle a ignoré que certains produits laitiers doivent être constamment disponibles, comme c’est le cas pour le lait infantile». Du côté de la tutelle, on a invoqué comme raison, «savoir les besoins réels des transformateurs/producteurs afin de pouvoir fixer les volumes réels à importer sans surplus». Ce faisant, c’est bien évidemment les consommateurs qui vont devoir patienter avant que les produits laitiers dont ils ont l’habitude soient disponibles.
Mais pour ceux aux faibles revenus, ils devront s’armer de patience car le lait pasteurisé en sachet est, lui aussi, rare. Sa distribution demeure toujours aléatoire. Un dysfonctionnement qui persiste depuis des années alors que les solutions existent et dont la mise en application sur le terrain ne nécessite pas de grands moyens, si ce n’est un minimum de coordination entre les parties prenantes. Et surtout une légère révision à la hausse de la marge bénéficiaire des livreurs au point de vente du détail, car c’est leur unique revendication pour pouvoir se maintenir en activité. «Sinon c’est l’abandon pur et simple», ont-ils maintes fois averti le ministère du Commerce. Lequel jusqu’ici ne s’est pas penché sur leurs doléances.