Entre l’impératif de préserver la santé des élèves et du personnel enseignant et d’encadrement d’un côté, et la nécessité de veiller à la bonne scolarité de l’autre, le monde de l’éducation est partagé. De nombreuses interrogations se posent avec acuité notamment avec la recrudescence des cas de contaminations suivie par de nouvelles mesures décidées par le gouvernement pour empêcher une aggravation du contexte pandémique.

PAR MILINA KOUACI et NAZIM BRAHIMI
Les messages d’inquiétude se multiplient particulièrement quand on signale de nouveaux cas de contaminations parmi le personnel de certains établissements où c’est la décision de fermeture qui s’est avérée inévitable.
D’ailleurs, depuis lundi, elles sont plusieurs écoles à avoir fermé leurs portes suite à des cas de Covid-19 parmi les enseignants ou directeurs d’établissements à Alger, Mostaganem, Béjaïa…, légitimant ainsi, aux yeux de l’Union nationale des parents d’élèves (UNPE), un appel en direction du gouvernement afin de « procéder à la fermeture » pour une durée de 15 jours.
La finalité, selon la même organisation, est de « permettre au ministère de l’Education nationale et à la communauté de l’éducation de travailler à assurer tous les moyens pour l’application du protocole sanitaire et combler les manques observés lors de la rentrée scolaire courante » dans une conjoncture marquée par une flambée des cas de coronavirus sur l’ensemble du pays.
Un avis qui n’est pas partagé par l’Association nationale des parents d’élèves (ANPE), autre organisation de même catégorie, qui rejette ce qu’elle qualifie de « solutions de facilité», en allusion aux appels à la fermeture des écoles.
Khaled Ahmed, président de l’ANPE, pointe en effet « des parents et des syndicats enseignants qui communiquent des informations sur la contamination des enseignants et du personnel administratif des trois cycles de l’éducation, alors qu’aucun syndicat n’est en mesure de faire un travail de décompte ou de s’enquérir de la situation sanitaire dans les 27 000 établissements dont dispose le pays ».
Pour le même responsable, « il est inadmissible de demander la fermeture des écoles et de compromettre l’avenir des élèves, car la flambée des cas Covid-19 n’est pas dû à la réouverture des écoles, mais plutôt à l’autorisation de reprise de certaines activités, au non-respect des gestes barrières, à la réouverture des parcs de loisirs et au non-respect du protocole sanitaire ».
À ses yeux, il serait judicieux de réclamer à l’heure où les chiffres affichent une courbe ascendante, « l’application rigoureuse du protocole sanitaire à l’intérieur des établissements au lieu de demander leur fermeture », pointant d’un doigt accusateur « un déficit criant » dans l’adhésion aux règles de prévention.
Il est « insensé » de réclamer plus de moyens pour lutter efficacement contre la propagation de l’épidémie à l’intérieur des écoles et d’omettre et fouler aux pieds, en parallèle, l’ensemble des gestes barrières dans les espaces publics ou dans les grandes surfaces et autres lieux de rassemblements favorisant la contagion », souligne Khaled Ahmed.
Une lecture qui rejoint manifestement celle du chef du SNAPEST, Meziane Meriane, qui soutient que « le protocole sanitaire pour l’éducation nationale n’a aucune utilité si à l’extérieur des établissements, on assiste à un relâchement total sur les mesures barrières ».
Pour sa part, l’Organisation nationale des parents d’élèves (ONPE), met en avant « le manque flagrant » de moyens de prévention.
Pour son président Ali Benzina, la situation pourrait « dégénérer » si l’on ne ferme pas les écoles dans l’immédiat, estimant que le maintien ou le report de la rentrée scolaire devrait être adapté à l’évolution de la situation épidémique.
Le même syndicaliste, partisan de la fermeture des écoles, évoque cette « contradiction » de maintenir les établissements ouverts au moment où l’on enregistre plus de 600 cas quotidiens, alors qu’on avait décidé de fermer les écoles au mois de mars dernier quand on enregistrait nettement moins de contaminations.

Pression sur la tutelle
La situation met visiblement la tutelle sous pression compte tenu de la multiplication des appels à surseoir à l’année scolaire, du moins jusqu’à ce que la situation sanitaire s’améliore. La semaine écoulée, le premier ministre, Abdelaziz Djerad, a tenu à donner le coup d’envoi de la rentrée scolaire du collège et du secondaire pour signer un gage du gouvernement et un soutien aux élèves et le personnel d’encadrement. « Notre présence aujourd’hui aux côtés des élèves et des enseignants est l’affirmation de l’accompagnement direct que nous leur apportons pour que cette rentrée soit sereine, réussie et durable jusqu’à la fin de l’année scolaire», a-t-il déclaré, en pariant sur une rentrée sans couacs majeurs pour signer un « retour à la vie normale » ou plutôt une adaptation nécessaire aux exigences de la situation pandémique.
A l’adresse des établissements de la nouvelle ville de Sidi Abdallah, M. Djerad avait mis en évidence « l’impératif respect des gestes barrières et du protocole sanitaire mis en place par le ministère de l’Education à cet effet et ce dans le souci de préserver leur santé et celle de leurs familles ».
Que fera le gouvernement, maintenant que les signes d’inquiétude se succèdent une semaine après la rentrée des classes dans tous les paliers ? Pour certains médecins, l’option de fermeture « doit obéir à la règle du cas par cas », estimant « exagéré » de procéder à la fermeture dès qu’un cas de contamination est déploré dans un établissement.