L’assouplissement du confinement continue à susciter inquiétudes et appréhensions dans la perspective d’un déconfinement qui risque d’être précité alors que la propagation de la pandémie est loin d’avoir été vaincue. Le non-respect de plus en plus visible des mesures de distanciation dans l’espace public augure déjà d’un déconfinement compliqué.

Le confinement, mis en place par les autorités depuis mars pour limiter la propagation du coronavirus, a semblé jusqu’alors donner du résultat en maintenant l’évolution à un niveau contrôlable. Mais un déconfinement précipité risque bien de provoquer un relâchement, particulièrement non souhaité en l’état actuel de la situation sanitaire. Des spécialistes mettent en garde contre un rebond de la pandémie en cas de retour rapide à la normale, alors que la pandémie est toujours menaçante. Les chiffres quotidiens communiqués par le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie n’annoncent pas encore un début d’extinction du virus, bien au contraire. Selon l’Institut national de santé publique (INSP), l’Algérie a enregistré «une augmentation de 27% des cas confirmés» seulement entre le 24 avril, date du début du Ramadhan, et le 30 avril. Les autorités ont vite fait de refermer de nombreux commerces après quelques jours d’ouverture en raison du non-respect manifeste des règles d’hygiène et de distanciation sociale. «J’appelle tous les citoyens à respecter les mesures de prévention car la lutte contre le Covid-19 nécessite la participation active de la population. Chaque citoyen doit être responsable de la santé de sa famille et de celle de toute la société», a averti le professeur Djamel Fourar, porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie. Ce dernier s’astreint à un exercice quotidien de communication des chiffres du jour de l’évolution de la maladie. Pour le professeur Idir Bitam, spécialiste des maladies transmissibles, «on est en plein risque d’un rebond au vu du relâchement des derniers jours. Ça va se ressentir dans la prochaine semaine», prédit ce membre de l’IHU de Marseille, cité par l’AFP. Selon ce professeur, il n’est pas «possible de prévoir le pic» en raison du «manque de moyens de diagnostic». «Nous n’avons pas atteint 1000 tests par semaine. C’est trop peu», observe-t-il.

«Entre le marteau et l’enclume»
La distanciation sociale semble difficile à respecter dans l’espace public, compliqué par la difficulté d’encadrer une activité en grande partie informelle. La reprise est néanmoins nécessaire pour pallier les conséquences sociales et économiques néfastes du confinement. Des spécialistes ont exprimé leurs craintes dans les médias. «Les citoyens ont ce comportement qui n’est pas à la hauteur de la catastrophe sanitaire que l’on est en train de vivre. Si le citoyen ne se comporte pas de façon respectueuse par rapport aux conseils qui sont donnés par les médecins et les instructions données par les autorités, on ne peut pas aller loin. C’est un problème de civilité et de prise de conscience», estime pour sa part Mustapha Khiati, président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem). Pour lui, les citoyens ont trop vite interprété les mesures d’assouplissement «comme si la maladie était terminée». «Les autorités sont prises entre le marteau et l’enclume, il y a le Covid-19 qui pose problème, c’est vrai, mais il y a d’un autre côté des centaines de milliers de personnes, travailleurs journaliers, que le confinement de deux mois a mis dans une situation économique catastrophique», relève-t-il. Pour le docteur Lyes Merabet président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), le déconfinement a été précipité. «Comme on a pu faire un travail de sensibilisation pour préparer les citoyens au confinement, il fallait faire de même pour le déconfinement», soutient-il. «Nous avions pris la décision de rouvrir certains commerces car nous étions proches de la fin de cette crise sanitaire. En revanche, les comportements de certains consommateurs tendent à allonger la durée de cette crise sanitaire», a-t-il dénoncé, rappelant cette litanie devenue évidence, «plus les mesures barrières sont respectées, moins l’épidémie sera longue». n