Alors que le boom des transferts illicites des devises vers l’étranger se poursuit, le ministre des Finances dit vouloir disposer de temps pour venir à bout du fléau.

Répondant aux questions des journalistes en marge d’une séance plénière du Conseil de la nation consacrée au débat sur le texte de loi sur les douanes, Hadji Baba Ammi a précisé qu’en dépit de cette amélioration, « cela nécessite du temps pour mettre un terme à ce phénomène qui épuise l’économie du pays ».

Le débat refait surface depuis quelques jours, aidé par des fuites faisant état d’une valeur moyenne de 700 000 euros transférés annuellement vers l’étranger par voie illégale. C’est dire que le phénomène a toujours le vent en poupe, en dépit des discours officiels faisant état d’une lutte sans merci en s’attaquant aux sources du mal, dont la surfacturation.
« On ne peut pas dire que du jour au lendemain on va arrêter ce genre de comportements, mais nous allons essayer d’aller jusqu’au bout de notre objectif par le renforcement des moyens de l’administration des douanes pour assurer un contrôle plus rigoureux des opérations d’importation », a déclaré le ministre. Il y a quelques jours, un rapport confidentiel de l’administration douanière, dont les grandes lignes ont été répercutées par certains médias, évoquait une situation de hausse inquiétante de la valeur des transferts de devises vers l’étranger. La valeur des saisies opérées dans la plus importante enceinte aéroportuaire du pays, l’aéroport d’Alger en l’occurrence, témoigne d’un flux de capitaux pour le moins problématique. Elle oscille entre 400 000 et 700 000 euros par an, alors que les données citées sous d’autres cieux lèvent le voile sur des valeurs beaucoup plus importantes. Le dernier rapport de Global Financial Integrity (GFI) estime les sorties illicites de devises à plus de 1,5 milliards de dollars par an. Lequel rapport, daté de décembre 2015, classe l’Algérie à la 58e position mondiale parmi les pays enregistrant le plus de flux illicites sur un total de 149 pays.
Les chiffres ont évolué très vite sur les quinze dernières années en raison de la hausse effrénée de la facture des importations. Plusieurs fléaux, dont la surfacturation, le transfert illicite des devises vers l’étranger, les fausses déclarations, fraude, création de sociétés écrans… ont gravité autour du métier de l’importation.
Durant les années du pétrole cher, l’engouement pour le métier de l’importation a atteint son paroxysme. Hormis sa volonté naissante de tordre le cou à certaines catégories d’importateurs, le gouvernement y va encore avec le geste mou. En témoignent les récentes données collectées par l’administration douanière. Hier, le ministre des Finances dit vouloir y aller avec la main leste, énumérant les mesures prises par son département en vue d’endiguer le phénomène des sorties illicites des devises. Il s’agit, notamment, selon le ministre, de la mise en place en 2016 d’un groupe de travail chargé du suivi de la situation financière des importateurs au niveau de la Banque d’Algérie. Hadji Baba Ammi a également précisé que la Banque d’Algérie avait défini les moyens de contrôle de la surface financière des importateurs. Ainsi, l’importateur doit présenter un bilan, un compte des résultats et une déclaration des impôts, a-t-il expliqué. Le ministre a aussi évoqué le renforcement des moyens des douanes par la possibilité d’adhérer à des bases de données étrangères permettant de contrôler la valeur réelle des marchandises. De même, le contrôle du fichier des fraudeurs a été récemment renforcé par l’utilisation du NIF (numéro d’identification fiscale) et le NIN (numéro d’identification nationale) qui permettent de contrôler d’une manière précise l’importateur et la traçabilité, a-t-il relevé.
Le gouvernement est condamné à muscler ses dispositifs, sinon le pays risque de se voir à nouveau introduit dans le viseur de certains organismes internationaux.