Dans un débat tenu au siège de la Caci, Mohamed Boukechoura, expert dans le domaine du transport maritime, n’y est pas allé par quatre chemins pour dénoncer le renversement de la situation pour le transport maritime, qui voit les compagnies étrangères accaparer le marché local.

Relevant le «déclin» de la Cnan, l’orateur trouve «inconcevable» que l’économie algérienne soit prise en otage par des compagnies étrangères.
Il souligne que le fret impose la maîtrise des coûts, tout en dénonçant les opérations inutiles après la réception de la marchandise et son corollaire de coûts supplémentaires. À ce sujet, il précise que «la partie fret reste invisible du fait de l’opacité du domaine qui reste confiné dans des sphères fermées». La Cnan couvre 3% des besoins de l’Algérie en matière de transport maritime de marchandises et 97% sont couverts par des entreprises étrangères dont, entre autres, Maersk Lines et CMA CGM. Pour parer à ce déficit, qui fait que les tarifs de transport maritime de marchandises sont les plus élevés en Méditerranée, et qui se répercute négativement sur les quelques élans d’exportations qui animent la sphère économique algérienne, il a été envisagé d’ouvrir le secteur au privé national. Le constat est là, implacable. Les sommes en devises que dépense l’Algérie dans le transport maritime des marchandises sont immenses. Paradoxalement, les frais des prestations logistiques représentent 30% des coûts de la totalité des produits exportés, contre un taux de pas plus de 10% signalé en Europe. Pour sortir de cette situation, l’ouverture au privé a été suggérée et des dossiers ont été déposés. Selon Ferthat Aït Ali, analyste financier, cette ouverture doit se faire dans des conditions précises de transparence et s’inscrire dans un paradigme purement économique et ne pas s’enfermer dans des bourbiers administratifs, comme c’est le cas du montage de véhicules.
«Pour que cette ouverture puisse profiter à l’économie, on doit faire voter une loi qui autorise et encadre l’activité et ses conditions matérielles et juridiques, laissant le CNRC se débrouiller avec le dossier tout seul en vérifiant la fiabilité, ou l’Andi, comme unique source d’agrément pour le volet douanier et fiscal. Pour le reste, l’intrusion du ministère des Transports doit se limiter aux postes à quai, qui doivent être vendus aux enchères publiques. Et quiconque s’estime capable de se lancer dans ce type de projet, qu’il le fasse à ses risques et périls et si une banque veut le suivre elle est souveraine», préconise-t-il. Par ailleurs, il convient de préciser que, récemment, deux commissions d’experts chargées de l’étude des dossiers des opérateurs privés nationaux désirant assurer le transport aérien et maritime de marchandises, ont été installées. «Les deux commissions sont composées d’experts et de cadres expérimentés dans le domaine des transports, d’une manière générale, et des marchandises, en particulier. Ils seront chargés d’étudier les dossiers des opérateurs privés nationaux qui ont déposé des demandes pour exercer dans le domaine du fret maritime et aérien», avait expliqué le ministre des Transports.
M. Zaâlane a relevé que la hausse du volume des échanges commerciaux maritimes de l’Algérie à 25% figure parmi les objectifs tracés par son secteur pour la période 2025-2030. En janvier, le ministre avait annoncé l’ouverture du fret maritime et aérien aux opérateurs privés algériens en vue de satisfaire les demandes d’exportation. Récemment, il a fait état de la réception de 9 dossiers d’opérateurs privés pour l’ouverture de l’activité de transport aérien et maritime de marchandises, dont 5 dossiers pour le transport maritime et 4 pour la transport aérien.