La situation actuelle de la hausse continue des cas de coronavirus a conduit à de nombreuses conséquences dont le reconfinement de certaines localités et des situations à gérer au quotidien, notamment dans les structures hospitalières qui accueillent les malades, où les médecins font parfois état de surcharge et d’autres fois de manque de moyens. Ce sont autant de sujets sur lesquels le ministre Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le Pr Abderrahmane Benbouzid, a donné de larges explications, hier, en ces temps de crise sanitaire que le pays combat depuis près de cinq mois.

Après avoir noté que lors de ses déplacements dans les hôpitaux, il a remarqué qu’un nombre limité était réservé au Covid, le Pr Benbouid n’a pas caché son étonnement face à cette situation, alors que les instructions avaient été autres. «Le constat que j’ai fait, c’est qu’au niveau des hôpitaux, le nombre de lits déployés est suffisant», a-t-il regretté même s’il reconnait que le secteur de la santé a été pris de cours par la recrudescence du nombre des contaminations. C’est dans ce sens qu’il a «instruit tous les responsables afin de mettre en place un dispositif de lits dédié au Covid-19», a-t-il déclaré à la Radio nationale, insistant qu’«il ne faut pas qu’il y ait un seul Algérien qui parte à l’hôpital et qu’il ne trouve pas de place». «Cela est inadmissible, car le nombre de lits est suffisant pour une meilleure prise en charge des citoyens», a-t-il ajouté, illustrant son propos par l’exemple d’un hôpital de 600 lits qui a réservé seulement 120 lits au Covid. Afin de remédier à cela, «un délai de 48 heures a été accordé aux responsables de ces établissements pour assurer une réaction rapide et efficace pour l’accueil des patients de coronavirus. Des instructions ont été données pour que 60% des lits disponibles soient dédiés au Covid-19 et les 40% restants aux urgences. Les hôtels ne sollicités qu’en dernier recours», a-t-il révélé.

Sanctions contre les manquements inadmissibles
Réagissant à propos des vidéos virales montrant des situations déplorables dans certains services Covid, dont la dernière concernant l’hôpital de Sidi Aïssa, dans la wilaya de M’sila, il s’est engagé à sanctionner tout manquement dans la prise en charge des malades, soulignant que «des sanctions sont déjà tombées et d’autres tomberont si nécessaire». «Ce qui s’est passé à Sidi Aïssa est insoutenable, c’est inadmissible», a-t-il assené. «Une enquête a été diligentée. J’ai le rapport, et des sanctions vont tomber de la même manière qu’à Sétif et à Constantine», a encore averti le Pr Benbouzid, selon lequel «l’augmentation des cas de coronavirus observée ces derniers jours constitue une préoccupation nouvelle pour les autorités sanitaires du pays qui doivent prendre les mesures et être encore plus vigilantes dans la communication et la sensibilisation des citoyens».

«Confiner n’est pas la bonne solution pour le moral des citoyens, mais…»
Le ministre s’est également exprimé sur le reconfinement décidé ou à venir dans certaines localités. «Le confinement et le déconfinement est une décision de l’autorité du pays qui se base sur les chiffres, les données et le travail effectué par le Comité scientifique. Il y a également une cellule au niveau du Premier ministère qui travaille que sur cette question s’appuyant sur les rapports et recommandations que nous établissons», a-t-il indiqué. Néanmoins, il reconnait que confiner n’est pas une chose «simple». «Confiner, déconfiner puis reconfiner perturbe un peu et donne l’impression qu’on a échoué… Mais confiner n’est pas la bonne solution sur le plan du moral des citoyens, de la lassitude et de la peine qu’ils ressentent. Si on a besoin de confiner on le fera car c’est la seule solution. Qu’il s’agisse d’un confinement partiel ou total de certaines localités en fonction de l’évolution de leur situation. Mais je réitère que c’est l’Etat qui prend les décisions, qui confine, qui prend en charge, veille et se fait le souci de la santé de la population», a-t-il noté.
A la question récurrente d’un éventuel reconfinement, le Pr Bnbouzid a répondu : «Il y a déjà des communes qui sont confinées. Je souhaite qu’on en reste là et que cela donne de bons résultats. Dans tous les pays du monde on a reconfiné, aux Etats-Unis, en Allemagne et bien d’autres, ce n’est pas propre à l’Algérie. C’est une mesure qui s’inscrit dans le cadre de la lutte anti-Covid. C’est une mesure que nous ne souhaitons pas, mais elle est liée à la prise en charge d’un cluster ou foyer dans un endroit donné, et quand cela est nécessaire c’est cet endroit qui est reconfiné. Pourquoi aller vers un reconfinement national alors qu’une dizaine de wilayas a zéro cas et 60% des wilayas ont moins de 6 cas ? On confine beaucoup plus les wilayas où il y a une forte densité de la population, beaucoup de marchés, etc. D’ailleurs le président de la République a réuni cinq walis, cela veut dire qu’il y a péril dans cinq wilayas».

Priorité aux médecins sur le terrain et meilleure prise en charge des malades
Abordant les moyens médicaux de lutte contre le coronavirus, il a expliqué que «nous avions besoin de plus de moyens après l’étendue de cette maladie et on a fait appel à l’importation», faisant savoir qu’actuellement «nous produisons suffisamment de moyens de protection. Mais il y a effectivement un manque de surblouses et de combinaisons car un producteur national a promis de nous livrer des centaines de milliers d’unités mais n’en a livré quelques dizaines». C’est pourquoi il a demandé à la directrice générale de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) de prendre contact avec ce producteur afin de voir dans quelle mesure il peut satisfaire la demande sinon il y aura recours à «l’importation en toute urgence». «La priorité est donnée à nos collègues sur le terrain. Mais il faut savoir que les approvisionnements sont étendus à tout le pays», a indiqué le ministre sachant que des médecins ne cessent de dire qu’ils ont parfois un manque de moyens. «Dans toutes les situations, il y a parfois un manque, une panne ou un arrêt au cours de l’approvisionnement, parfois un retard au vu de la distance à parcourir. En temps normal, ces manques sont traités calmement, aujourd’hui la situation est différente», a-t-il ajouté, regrettant que «ces pannes et cette Covid soient maintenant exploitées par des personnes malintentionnées pour en faire un plateau de réclamations qui sont tout autres». Le Pr Benbouzid a promis que l’Etat mettra «à la disposition du personnel médical de tout le pays tous les moyens nécessaires, disponibles localement ou à importer». Pour lui, «il ne faut pas qu’il y ait un manque quelconque, mais les gestionnaires ont le devoir d’éviter le gaspillage». Il a assuré également que la PCH «dote tout le monde» en équipements de protection et en autres ressources nécessaires à la prise en charge de patients atteint de Covid-19. «Je ne fais qu’écouter et répondre à la demande. Je ne fais qu’instruire la PCH et l’institut Pasteur pour développer plus de moyens et répondre à la demande», a-t-il assuré, notant au passage qu’il prend connaissance de toutes les demandes et suit aussi dans quelle mesure elles sont satisfaites.

Chiffres et devoir de vérité
A la question de savoir si vraiment il y a une grande différence dans les chiffres annoncés par le ministère de la Santé et par les Directions de la santé et de la population (DSP), le ministre répond que tous les chiffres que le Comité scientifique communique parviennent des DSP et que, de ce fait, il ne peut y avoir aucune incohérence dans les chiffres communiqués.
«Le nombre de décès qu’ils annoncent sont des gens authentiquement décédés de Covid, c’est-à-dire confirmés PCR. Or parfois il y a des décès hors Covid», a-t-il dit, relevant qu’«Il ne faut pas que les gens tombent dans l’erreur».

Une stratégie de communication plus adaptée
Sur un autre plan, M. Benbouzid a affirmé que la stratégie de communication liée au Covid19 «change au gré de la situation». «Nous ne sommes pas alarmistes, nous essayons d’expliquer, de mettre en garde» les citoyens contre le non-respect des gestes barrières, a-t-il expliqué, indiquant que lors d’une réunion tenue samedi avec le ministre de la Communication et des cadres de son département, il a été décidé de renforcer le plateau de communication». «Nous allons déployer des moyens de communication extrêmement forts», a-t-il ajouté. «Je ne voudrai pas être alarmiste, mais attirer davantage l’attention de nos concitoyens sur les mesures à prendre pour se protéger et ces mesures sont connues», a-t-il conclu.
L’éventualité de l’ouverture de l’espace aérien a, par ailleurs, été abordée par le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi l’évolution de la pandémie de coronavirus, qui a estimé que cela ne serait certainement pas à l’ordre du jour actuellement devant la hausse des cas de contamination. «Avec la recrudescence des cas de contamination, il est difficile de prendre le risque de déplacements de voyageurs» de et vers un pays, a-t-il déclaré à une agence de presse étrangère. «Nous devons prendre en considération notre situation épidémiologique, ainsi que celle des pays avec lesquels le transport aérien sera ouvert. Seule l’amélioration de la situation épidémiologique peut laisser envisager la reprise des voyages», a-t-il affirmé. <