Au moment où le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Mokhtar Hasbellaoui, affirme que le nouveau projet de loi sanitaire allait changer la forme du service civil, une des principales revendications des médecins résidents, ces derniers décident de maintenir la pression, allant même jusqu’à menacer d’une grève illimitée.

C’est du moins ce qui a été discuté lors de la dernière réunion du bureau national du Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra), tenue le 29 novembre. « Un passage à une grève illimitée reste une option envisageable. Pour cela, nous appelons l’ensemble de nos résidents à se tenir prêts à toute éventualité et à transmettre leurs opinions à leurs représentants respectifs à travers le pays », peut-on lire dans un PV sanctionnant cette réunion. Le Camra a décidé de reconduire le mouvement de grève cyclique, à raison de deux jours par semaine, soit le lundi et mardi. Outre les piquets de grève à travers tous les CHU du pays, les médecins résidents du Centre (Alger, Blida et Tizi-Ouzou) tiendront deux rassemblements au deuxième jour de la grève. Le premier aura lieu le 5 décembre au CHU de Bab El Oued, tandis que l’autre est prévu au CHU Mustapha-Pacha, le 12 du mois en cours. Tout en saluant « l’esprit d’écoute et de concertation » dont a fait preuve le ministre de la Santé, le Camra espère que cette initiative « sera couronnée d’avancées majeures pour le médecin résident algérien dans une échéance de deux semaines », écrit-il, soit le délai qu’a demandé Mokhtar Hazbellaoui, lors de sa rencontre avec les délégués, pour prendre en charge leurs revendications. Entre-temps, c’est le projet de loi sur la santé, actuellement en examen au niveau de la commission santé de l’Assemblée populaire nationale (APN), qui précisera si oui ou non les pouvoirs publics comptent faire des concessions sur la question. Le ministre de la Santé, en visite jeudi à Tipaza, a déclaré que le texte « permettra une révision du service civil, de forme et d’aspect nouveaux », précisant que le service civil est un service que le médecin offre au citoyen algérien, sans fournir de plus amples informations sur la nouvelle forme qu’il revêtira à l’avenir. Evitant de commenter la grève des médecins résidents, M. Hasbellaoui a précisé que « le ministère de tutelle a le devoir d’assurer une formation de haute qualité tout en mobilisant tous les conditions et moyens nécessaires pour les accompagner durant leur formation », non sans souligner « l’importance du transfert du savoir et de l’expertise entre les générations (étudiants/professeurs) ». Mais, force est de constater que ce discours ne trouve pas d’oreille attentive chez les blouses blanches qui rejettent ces propos qui relèvent plus « de la paternité ». « Nous voulons du concret. Nous avons des droits à faire valoir et nous les défendrons jusqu’au bout », affirme un délégué du Camra. Le Collectif avertit aussi que « les résidents n’ont pas encore montré l’étendue de leur force et de leur solidarité qui ne fait que croitre ». Une mise en garde contre la « sourde oreille » du gouvernement. Et lorsque l’on sait qu’ils sont plus de 8 000 résidents à exercer dans différents CHU du pays, il y a vraiment de quoi prendre au sérieux cette menace. Rappelons que plusieurs syndicats autonomes du secteur, auditionnés par la commission santé de l’APN, ont exprimé leur solidarité avec les médecins résidents sur la nécessité d’abroger le service civil dans sa forme actuelle. Le syndicat des enseignants chercheurs universitaires (Snechu), le syndicat des praticiens de santé publique (Snpsp) et le Syndicat des médecins spécialistes (Snpssp), pour ne citer que ceux-là, ont plaidé en faveur de « l’abrogation du service civil et son remplacement par des mesures incitatives sur le plan financier et de la prise en charge dans les wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux ». Ainsi, en attendant de voir si le Camra sera invité par la commission santé de la chambre basse du Parlement, c’est donc les députés de la huitième législature qui auront le dernier mot sur cette revendication vieille de plusieurs années.