La chute drastique du prix du baril de pétrole sur le marché international, le ralentissement de l’économie mondiale, conséquence directe de la propagation du coronavirus et aussi de la décision unilatérale de certains membres de l’Opep d’inonder le marché, pousse le gouvernement à prendre les devants. Il est devenu urgent de faire face à une conjoncture qui reste difficile mais face à laquelle l’Etat annonce disposer de moyens nationaux pour y faire face. La situation paraît particulièrement inquiétante malgré les assurances. L’Etat annonce des mesures pour atténuer les effets de cette conjoncture compliquée sur l’économie nationale pour que «le citoyen ne soit en aucun cas touché ni dans son revenu ni dans son quotidien». Il est question de la présentation d’une première Loi de finances complémentaire pour «lever certaines incohérences» de la loi de finances 2020, et d’inclure des mesures pour contrer les effets financiers générés par la crise actuelle et de fait recouvrer les recettes fiscales et douanières non perçues. Le rejet en même temps du recours à l’endettement et au financement non conventionnel pose la légitime question de savoir où le gouvernement trouvera-t-il les financements pour mener à bien ses objectifs. Le ministère du Commerce est ainsi invité à cet effet à opter pour une gestion intelligente des importations sans que le citoyen ou l’économie nationale «ne soit privé de quoi que ce soit». L’Etat dit disposer de «moyens suffisants» pour les années 2020 et 2021 pour éviter les pénuries d’intrants industriels et d’autres produits nécessaires. Le secteur de l’Agriculture est ainsi invité à augmenter la production afin de réduire d’au moins 50% l’importation de produits de consommation. Côté industrie, on devrait mettre en place un dispositif qui permette une production basée sur une intégration d’au moins 70% jusque-là «maintenue artificiellement» par la formule du CKD/SKD. Il s’agit également, d’encourager «sans aucune restriction» la création de micros, petites entreprises et start-up et de lever toutes les formes d’entraves réglementaires et bureaucratiques. Ces mesures seront-elles pour autant suffisantes pour éviter de passer dans le rouge ?

Actions urgentes et prioritaires
La Banque centrale devrait verser à la réserve légale en or toutes les saisies douanières ainsi que le Fond de solidarité nationale gelées depuis plusieurs décennies. Le remboursement des prêts accordés par les banques dans le cadre d’investissements privés est également encouragé. Le Premier ministre Abdelaziz Djerrad annonce une loi de finances complémentaire pour 2020, destinée à dégager les financements nécessaires aux actions urgentes et prioritaires. Le gouvernement compte y introduire «des mesures fiscales incitatives au profit des entreprises ainsi que les mesures légales de base nécessaires à l’assainissement et à l’amélioration du climat des affaires et à la relance de l’investissement». Les conséquences de la baisse des prix du pétrole sur les politiques du développement prônées par le gouvernement pourraient être très dures à supporter. Pour y faire face, l’Etat compte maintenir ses engagements en matière de financement de développement, malgré l’impact de l’épidémie de coronavirus sur les prix du pétrole, tout en adoptant une gestion dite «prudente» des finances publiques. Le gouvernement compte «réduire le gaspillage des ressources, la rationalisation des dépenses de fonctionnement et d’équipement et la promotion de manière soutenue d’une économie diversifiée, développant davantage l’économie réelle et son moteur l’entreprise nationale». Mais pour ce faire, il faudrait vraisemblablement commencer par tenir le langage de la réalité. Ce que l’actuel Premier ministre semble faire prudemment en annonçant que la situation «impacte négativement nos ressources en devises et accentue les contraintes budgétaires déjà pressantes, ce qui nous interpelle pour l’adoption de mesures à caractère conjoncturel et structurel en vue d’aboutir au redressement de la situation financière». n