PAR INES DALI
L’inquiétude sur la situation épidémique liée à la pandémie de Covid-19 prend de l’ampleur de jour en jour. La vaccination présentée actuellement, de par le monde, comme étant la seule solution pouvant mettre un frein à la propagation de cette pandémie est fortement boudée en Algérie, alors que la courbe ascendante des cas positifs du nouveau coronavirus s’est confirmée. La question qui se pose, dans ce cas de figure, est que peut-il y avoir comme solution avant que la situation n’atteigne des proportions alarmantes. Se peut-il que le pays doive observer un retour au confinement pour prévenir une transmission importante du virus maintenant qu’il n’y a plus de doute sur la 4e vague, ou doit-on aller vers l’instauration du pass sanitaire ?
Loin de plaider pour la première solution, les professionnels de la santé privilégient plutôt la seconde qui, elle, inclue la vaccination. Contacté hier à ce propos, le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie, s’est montré catégorique. «Je ne pense pas qu’il faille retourner au confinement», a-t-il déclaré. En revanche, il encourage les mesures qui peuvent inciter la population à aller se faire vacciner pour s’immuniser contre cette pandémie qui s’est installée durablement dans le temps. «Ce qui est appliqué depuis longtemps, et pas seulement pour la maladie du Covid-19, c’est la vaccination qui, elle, est une solution scientifique», a-t-il indiqué. Maintenant que la vaccination n’avance pas en Algérie et que le nombre quotidien de vaccinés a baissé à quelque 13.000 personnes, «il faut appliquer chez nous la solution adoptée à travers le monde et qui est l’instauration du pass sanitaire», a affirmé, sans ambages, le Dr Yousfi. «Tous les pays qui ont avancé dans la vaccination et qui ont des taux élevés, c’est aussi grâce au pass sanitaire», a-t-il ajouté.
Le spécialiste infectiologue soutient l’idée d’un pass sanitaire pour «la population générale», notant qu’on doit «exiger ce pass pour l’accès à tous les lieux publics, comme les commerces, les restaurants, les lieux de loisirs, les transports, le travail, etc.». Il appuie son avis en précisant que «c’est ce qu’on fait tous les pays qui ont avancé dans la vaccination, il n’y a pas d’autres solutions». Cela outre l’obligation de la vaccination à certaines catégories professionnelles sur laquelle est revenu le Dr Yousfi, donnant comme exemple les personnels du secteur de la santé, de l’éducation nationale, ainsi que la Protection civile et autres corps constitués.
Pour ce faire, il faut qu’il y ait des mesures fermes et une intransigeance quant à leur application, étant donné qu’il s’agit d’un problème de santé publique. «Il y a la responsabilité de l’Etat et des pouvoirs publics dans la préservation de la santé des citoyens. Il faudrait qu’ils prennent leur responsabilité pour imposer le pass sanitaire», a soutenu le président de la Société algérienne d’infectiologie.
La solution du pass sanitaire, ils sont nombreux parmi les professionnels du secteur à l’avoir évoquée comme solution au recul de la vaccination et à la réticence qui «ne repose sur aucune donnée scientifique», mais seulement sur «la désinformation et les fakenews diffusées sur les réseaux sociaux», s’accordent-ils à dire. Intervenant à ce propos, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a fait savoir que la décision n’est «pas du ressort du seul ministère de la Santé», mais que d’«autres départements ministériels aussi».
Face à l’ampleur que tend à prendre de la pandémie de Covid-19 en cette période pratiquement en tous points similaire à celle de novembre de l’année dernière, où il y a eu flambée avec pic des contaminations, le risque est que «la maladie puisse toucher tout le monde, les non-vaccinés et même les vaccinés», selon le Dr Yousfi, en plus du risque d’être débordé dans les hôpitaux, et ce, alors que les vaccins sont disponibles en quantités suffisantes.
Sur ce registre, le directeur général de l’Institut Pasteur Algérie (IPA), Fawzi Derrar, a indiqué, avant-hier, qu’en plus de la disponibilité de 13 millions de doses de vaccins anti-Covid-19, l’Algérie recevra bientôt «5 millions de nouvelles doses, en vertu des contrats signés il y a près d’un an».
Il y a, par ailleurs, fait état du risque de voir une partie des doses disponibles perdues, en raison de la date de péremption. «7000 doses arrivent à péremption à la fin de novembre et autant en décembre, en janvier, en février, etc.», a-t-il fait souligné, rappelant que «les autorités du pays ont mis tous les moyens pour acquérir tous ces vaccins, alors que d’autres pays n’ont pas la chance de les avoir», et appelant les citoyens «à aller sa faire vacciner pour se protéger». «Il n’y pas de sortie du tunnel de cette pandémie sans la vaccination», a insisté le Pr Derrar.
Notons, par ailleurs, qu’un petit pas a été franchi hier par dans le secteur de l’Education nationale. Le ministère de tutelle a indiqué qu’il est désormais «obligatoire de porter un masque à l’intérieur de tous les établissements d’enseignement». La mesure concerne aussi bien les élèves que les enseignants, est-il précisé. <