C’est à un scénario inédit, celui d’une épidémie qui parvient à gripper sérieusement l’économie mondiale, que doivent faire face aujourd’hui jeudi et demain vendredi les pays de l’Opep et de leurs partenaires engagés dans ce qu’on appelle l’Opep élargie ( 13 pays membres de l’Opep+10 pays non-Opep). Leur objectif est d’évaluer les moyens leur permettant d’endiguer l’impact du coronavirus Covid-19 et prendre des mesures pour stabiliser un marché pétrolier plus que jamais menacé par le spectre d’une fatale chute des cours.

Selon le planning officiel communiqué aux médias, la journée d’aujourd’hui sera consacrée à la 178e conférence ministérielle de l’Opep, présidée par le ministre algérien de l’Energie, Mohamed Arkab, ainsi qu’à la 8e réunion ministérielle des pays de l’Opep élargie ou Opep+. Une des questions que ces pays producteurs ont à résoudre est de savoir s’ils font consensus ou non pour poursuivre l’application des recommandations du comité technique conjoint ( JTC) de l’Opep+ qui s’est réuni en session extraordinaire au début de février dernier à Vienne en Autriche.
Ce comité conjoint qui s’est penché sur l’impact du Covid-19 sur la demande énergétique mondiale et les prix de Brut a recommandé de prolonger jusqu’à la fin 2020, l’accord actuel et qui court jusqu’au 31 mars prochain de réduction de la production (1,7 million de barils par jour) et de procéder à une réduction additionnelle de production jusqu’à la fin de 2e trimestre de 2020.
Les discussions autour d’une nouvelle réduction « substantielle » de la production intervient après deux mois de l’entrée en vigueur de l’accord d’accroissement des baisses de production du pétrole d’au moins de 500.000 barils par jour (b/j), soit un total des baisses de 1,7 millions b/j par l’Opep et ses partenaires.
Pour ce qui est de la prolongation de l’entente sur la réduction de la production jusqu’à décembre prochain, l’accord des participants à la déclaration de coopération, à moins d’un coup de théâtre ; semble déjà acquis et bénéficie de l’appui de l’Arabie Saoudite, poids lourd de l’Opep et du marché pétrolier mondial. Pour ce qui est de la deuxième recommandation du Comité conjoint, rien, en revanche, n’est encore joué. La Russie, qui traîne des pieds, n’a pas jusqu’à hier soir pris de position sur une éventuelle réduction supplémentaire de production de pétrole.

Le facteur russe et les prix
Jeudi dernier, le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, a déclaré aux médias de son pays sa volonté de « coopérer davantage (..) dans le cadre des relations multilatérales de l’Opep+ », tandis que le président Vladimir Poutine, cité également par des agences russes, a estimé dimanche d’après que « le niveau actuel des prix du pétrole est acceptable ». Etant au-dessus des 42,4 dollars le baril de Brent, il correspond encore au niveau de base pour calculer le budget russe dans le cadre de la politique macroéconomique.
Aux yeux des observateurs, l’effet inédit du Covid-19 sur l’économie mondiale et les cours pétroliers devrait pousser les pays de l’Opep élargie – lié par l’accord historique d’Alger de fin 2016 – à faire de nouveaux efforts pour soutenir les prix et empêcher la déstabilisation du marché. Une mission de secouriste dans le contexte d’inquiétude générale provoqué par le virus parti de la province de Wuhan en Chine en décembre dernier.
Lundi dernier, l’OCDE a ramené lundi sa prévision planétaire pour 2020 de 2,9% à 2,4%. L’Agence internationale de l’énergie a, pour sa part, révisé à la baisse ses attentes concernant la croissance de la demande de brut pour 2020, attendue désormais à 825.000 barils par jour, au plus bas depuis 2011, sous l’effet des conséquences « significatives » du coronavirus.
Ce déséquilibre entre une demande qui s’affaisse et une offre toujours pléthorique est encouragé par des pays non membres de l’Opep comme les Etats-Unis, premiers producteurs mondiaux qui pompent à un niveau record, suivis par le Brésil, la Norvège ou encore la Guyané.